Dés que ses regards eurent pénétré dans les profondeurs du véhicule, et constaté que trois personnes loccupaient, il fut fixé sur leur identité et se répandit en joyeuses exclamations.

— Whoa! Polly! Whoa! cria-t-il dune voix de stentor; viens recevoir le wagon. Est-ce vous, Adolphe? poursuivit-il, en prenant le cheval par la bride.

— Dabord, affirmez-moi, cher oncle, que vous tenez solidement cet animal endiablé; bon! Maintenant, je mempresse de répondre; oui, cest moi, qui me réjouis de vous rendre visite.

— Ah! toujours farceur! Ravi de te voir, mon garçon! Allons, saute en bas, et courons au salon. Là, donne la main; voilà ta valise; en avant, marche! Je vous suivrai tous lorsque Polly sera arrivé.

Les trois voyageurs furent prompts à obéir et en entrant dans le parloir, furent cordialement accueillis par leur excellente et digne tante, mistress Brainerd. Maggie quitta avec empressement le piano pour courir au-devant de son frère et de sa cousine; mais elle recula timidement à laspect inattendu dun étranger. Cependant elle reconnut bien vite Adolphe qui avait été son compagnon denfance, et ne lui laissa pas le temps de dire son nom.

— Eh quoi! cest vous, mon cousin? sécria-t-elle avec un charmant sourire; quelle frayeur vous mavez faite!

— Je mempresse de la dissiper; répliqua lartiste en lui tendant la main avec son sans façon habituel; touchez-là! cousine, je suis un revenant, mais en chair et en os.

— Hé! jeunes gens! nous vous attendions pour souper; interrompit loncle John, qui venait darriver; je ne crois pas nécessaire de vous demander si vous avez bon appétit.

— Ceci va vous être démontré, répondit Adolphe en riant; quoique Maria mait secoué à me faire perdre tout bon sentiment, je sens que je me remets un peu.

On sattabla devant un de ces abondants repas qui réjouissent les robustes estomacs du forestier et du laborieux settler, mais qui feraient pâlir un citadin; chacun aborda courageusement son rôle de joyeux convive.