— Oh non! il me faudra des semaines, des mois peut-être.
— Cependant je désirerai connaître vos préférences.
— Peu mimporte. Je me réjouis de men rappeler à votre choix.
— Tenez, voici une perle de lac, un vrai bijou, qui scintille là-bas au pied des paisibles collines; il est à demi caché par un rideau de nobles sapins qui se mêlent harmonieusement aux bouleaux argentés. Cest tout petit, tout mignon; mais jai souvent désiré de posséder vos crayons pour reproduire ce merveilleux coin du désert.
— Allons-y!
Tous deux se dirigèrent au nord, vers le lac Witta-Chaw-Tah. Ils marchaient dans une prairie moussue, dans les hautes herbes de laquelle dormaient de grands arbres couchés comme des géants sur un lit de velours vert; plus loin se présentèrent de gracieuses collines en rocailles jaunes, grises, bronzées, chatoyantes des admirables reflets que fournit le règne minéral; au milieu de tout cela, des fleurs inconnues, des plantes merveilleuses aux feuillages dorés, diamantés, des arbrisseaux bizarres, des senteurs divines, des harmonies célestes murmurées par la nature joyeuse.
Ils arrivèrent au lac; cétait bien, comme lavait dit Maria, une perle enchâssée dans la solitude. Tout au fond, formant le dernier plan, sélevait un entassement titanique de roches amoncelées dans une majestueuse horreur. Leur aspect sévère était adouci par un déluge de petites cascades mousseuses et frétillantes qui sillonnaient toutes les faces rudes, grimaçantes, froncées de ces géants de granit. Des touffes dherbes sauvages, de guirlandes folles, de lianes capricieuses, sépanouissaient dans les creux, sur les saillies, autour des corniches naturelles; des fleurs gigantesques, sorties du fond des eaux, montaient le long des pentes abruptes que décoraient leurs immenses pétales de pourpre ou dazur.
À droite, à gauche, des forêts profondes, silencieuses, incommensurables; des déserts feuillus, enguirlandés, mystérieux, pleins dombres bleues, de rayons dor, de murmures inouïs!
Le lac, plus pur, plus uni quune opulente glace de Venise; le lac, transparent comme lair, dormait dans son palais sauvage, sans une ride, sans une vague à sa surface démeraude bleuissante.
Quelques grands oiseaux, fendant lair avec leurs ailes à reflets dacier, planaient au-dessus des eaux, dont le miroir profond renvoyait leur image.