Halleck bondit comme un daim blessé, se précipita tête première, à travers branches, et ne sarrêta quau bord de leau, à lendroit où il sétait précédemment installé pour dessiner. Là, il regarda avidement dans toutes les directions, et aperçut au milieu du lac un canot que deux Indiens faisaient voler à force de rames.
Maria était entre eux, pâle, désespérée; à lapparition de son cousin elle poussa un cri dappel, levant les bras frénétiquement, et aurait sauté à leau si ses ravisseurs ne leussent retenue.
Halleck navait dautre ressource que de gagner, en faisant le tour du rivage, lavance sur le canot, et de lattendre au débarquement; quoique seul et sans armes, il sélança bravement avec lagilité de la colère et de lanxiété, bien résolu à ne pas laisser échapper les Sauvages sans leur livrer une lutte à outrance.
Malheureusement, il eut beau courir, le bateau avait gagné le bord avant que le pauvre artiste eût parcouru la moitié seulement de la distance. Les Indiens sautèrent rapidement à terre, entraînant Maria avec eux.
Adolphe, courant toujours à perte dhaleine, suivait avec des regards furieux les fugitifs, lorsquil vit tout à coup un Indien chanceler et tomber à la renverse. En même temps les échos se renvoyèrent la détonation dune carabine; le second Sauvage, saisi de terreur, disparut comme sil avait eu des ailes.
En cherchant des yeux quel pouvait être ce sauveur arrivé en ce moment si propice, Halleck découvrit Christian Jim, le fusil en main, qui cheminait tout doucement à travers les rochers, et arrivait auprès de la jeune fille éperdue.
Halleck les eût bientôt rejoints; il serra affectueusement la main de Maria, en murmurant quelques paroles que son émotion rendait inintelligibles; puis il se tourna vers le Sioux qui venait de jouer si fort à propos le rôle sauveur de la Providence.
— Votre main! mon brave! donnez-moi votre main, vous dis-je! vous êtes un vrai Indien, vous!
Jim ne lui rendit en aucune façon sa politesse. Il se contenta de le toiser, un instant, des pieds à la tête, et dit :
— Courez, allez-vous-en dici! Les Indiens sont soulevés, brûlent les maisons; ils tuent tout. Vite! chez loncle John !