Lartiste à ces mots, courut ramasser son arme, et dût se diriger vers la gauche, car Jim avait changé brusquement de route pour éviter à Maria le spectacle hideux quoffrait le cadavre du Sauvage tué le premier. Halleck reprit:
— Mon opinion est que…
Il fut soudainement interrompu par Jim qui venait de faire une brusque halte en prêtant loreille dans toutes les directions, et qui recula avec vivacité dans les broussailles :
— Couchons-nous par terre, dit-il en donnant lexemple, les
Sioux viennent!
Tous trois disparurent sous lherbe, et restèrent immobiles en retenant leur haleine. Pendant quelques minutes on nentendit pas le moindre bruit; Jim se hasarda à relever la tête, non sans prendre des précautions infinies; lartiste crût pouvoir en faire autant. Ses yeux furent terrifiés dapercevoir une bande dIndiens qui cheminait dans le bois lui-même, sans froisser une branche ni une herbe, sans laisser autour delle le moindre bruit.
Ils étaient nombreux, armés, peints en guerre; toutes ces figures farouches semblaient autant de visages de démons.
Ce sinistre bataillon de fantômes passa comme une vision effrayante, courant à la curée des blancs, aspirant le carnage, préparant lincendie. Le massacre du Minnesota était commencé; cétait lavant-garde quon venait de voir.
Les fugitifs restèrent encore immobiles et muets pendant une demi-heure. Alors Jim se releva, et leur fit signe de se remettre en marche. Bientôt ils furent sortis du bois sur le chemin direct de la maison.
Maria était agitée de sinistres pressentiments; quelque chose de secret lui disait que, pendant son absence, tout nétait pas bien allé dans la maison hospitalière de ses bons parents; elle éprouvait une fébrile impatience darriver, afin de sassurer par ses propres yeux de létat des choses.
Enfin, ils arrivèrent sur le dernier coteau devant lequel sélevait la case; ce fut avec un profond soupir de soulagement que la jeune fille reconnut la situation habituelle des lieux; rien ny était changé, rien ny trahissait la présence de lennemi.