Fig. 124.—Manche en ivoire de poignard en silex, représentant la faune de l'Égypte au temps du début du régime pharaonique (découverte de Henri de Morgan à Hassaya, près d'Edfou). Lignes a partir du haut. 1, Éléphants; 2. Autruches, Girafes; 3, Panthères; 4, Capridés; 5, Chacals; 6, Antilopes; 7, Porcs-épics; 8, Bœufs; 9, Hippopotames; 10, Antilopes; 11, Éléphants, Salmonidés; 12, Capridés; 13, Panthères; 14, Capridés, Chien; 15, Ânes; 16, Antilopes; 17, Chiens et Chacals; 18, Bœufs; 19, Porcs ou Sangliers; 20, Bœufs.
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Nous avons vu que les pré-pharaoniques étaient d'une grande habileté dans la taille de l'ivoire et de la pierre et qu'ils sculptaient et gravaient avec adresse de nombreuses représentations animales et humaines. Nous citerons seulement ici le manche d'ivoire d'un poignard en silex, découvert par Henri de Morgan dans la nécropole d'Hassaya, près d'Edfou. Cette magnifique pièce est, sur toute sa surface, recouverte de figurations d'animaux, on y voit toute la faune de l'Égypte de ces temps (fig. 124).

S'ils étaient devenus experts dans le travail des roches et de l'ivoire, les gens d'Égypte aux temps énéolithiques n'étaient pas moins habiles à manier les métaux; un autre couteau de pierre, garni d'une feuille d'or en guise de manche, montre qu'ils savaient repousser avec talent le métal précieux (fig. 125).

Toutes ces œuvres artistiques des débuts de l'Égypte font preuve d'une grande liberté de style; mais elles s'éloignent d'autant plus de la nature que s'écoulent les temps. C'est qu'aux siècles des industries néolithiques et énéolithiques, l'artiste n'était pas encore astreint à suivre ces canons religieux qui, peu à peu, ont fait naître cet art si particulier des temps pharaoniques. Cette évolution prit place de très bonne heure; à la troisième dynastie elle était accomplie déjà, et désormais le dessin comme la sculpture furent réglés dans les moindres détails par des lois immuables. C'est la stylisation spéciale à l'Égypte qui se poursuit en s'accentuant jusqu'aux siècles où Rome était maîtresse dans la vallée du Nil; aussi les œuvres les plus naturelles, les plus largement conçues appartiennent-elles à l'ancien empire.

Fig. 125.—Couteau de silex blond garni d'une feuille d'or ornée au repoussé.
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