Fig. 184.—Disque de Phaestos (île de Crète).
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Nous n'avons pas à entrer ici dans la descendance qu'eurent certains de ces systèmes primitifs. Toutefois il est intéressant de faire observer que le berceau des écritures est dans l'Asie antérieure et que de là, par les Phéniciens et les Hellènes, cette connaissance s'est répandue tout d'abord dans les pays méditerranéens, tandis que les peuples de l'Europe et de l'Asie centrale, de l'Occident européen et de l'Orient asiatique étaient privés de ce grand levier du progrès. Ce n'est que très tardivement, quelques siècles seulement avant notre ère, que lentement se propagea l'usage de l'écriture chez les peuples barbares. Les inscriptions, étrusques, ibériennes, rhunes, etc., etc., sont apparues seulement à des époques voisines du Christ, parfois même dans les premiers siècles de notre ère. On s'explique aisément, dès lors, pourquoi pendant plusieurs millénaires la Chaldée, l'Assyrie, l'Égypte, les côtes et les îles de la Méditerranée et l'Asie antérieure sont demeurées les maîtresses incontestées de la civilisation.
Quand on considère, dans leur ensemble, les efforts de l'humanité pour en arriver à figurer la pensée, on voit que dans bien des régions et chez bien des peuples, en des temps très différents, cette nécessité est apparue; mais on constate, aussi que, dans la plupart des cas, les tentatives sont demeurées infructueuses, que dans trois foyers seulement le succès, plus ou moins complet, a couronné les efforts, enfin que le seul centre qui soit parvenu à vaincre toutes les difficultés est celui de l'Asie antérieure et de l'Égypte. C'est de là que grâce à l'écriture, la lumière s'est répandue sur le monde entier.
Certes, dans ce domaine restreint, tous les efforts n'ont pas été récompensés de même manière, les hiéroglyphes crétois, hétéens, proto-anganistes ont disparu sans laisser de descendance, l'écriture cunéiforme, après une longue et utile carrière, s'est éteinte à son tour, seule la méthode de l'Égypte a survécu, non pas dans sa forme pharaonique, mais par ses dérivés d'où, pense-t-on, sont sortis les caractères phéniciens, ancêtres de notre écriture actuelle.
Assurément les cinq familles d'hiéroglyphes orientaux, comme les langages des peuples qui en faisaient usagé, sont indépendantes les unes des autres; mais est-il possible d'admettre que, dans un espace aussi restreint, chez des peuples aussi proches voisins les uns des autres, ces tentatives n'ont pas eu une origine commune? Ce n'est pas croyable, on ne peut s'empêcher de voir, à des époques très anciennes, une pictographie commune, dont chaque peuple aurait tiré parti suivant les besoins de son langage, d'après son génie personnel, indépendamment de ses voisins.
CHAPITRE IV
LES RELATIONS DES PEUPLES ENTRE EUX
Il ne peut être question des relations commerciales qui, vraisemblablement, ont déjà existé dans nos pays dès le temps des industries paléolithiques; il se faisait bien certainement des échanges de clan à clan, de tribu à tribu, mais ces opérations n'ont pas laissé de traces; c'est avec l'apparition de l'industrie néolithique seulement que nous constatons dans les stations de l'homme, parmi les débris laissés par leur vie, la présence de matières étrangères à la région, et par conséquent importées. C'est ainsi que le silex d'aspect résineux du Grand Pressigny se rencontre dans tout le centre et l'est de la France et jusqu'en Suisse. Déjà, de proche en proche, vers la fin de l'archéolithique, des coquillages, provenant de l'Océan, aussi bien que de la Méditerranée se rencontraient ensemble dans les cavernes au centre de la France, employés dans la parure; mais ces trouvailles ne sont pas concluantes quant à l'existence d'un commerce réel; à ces époques, les tribus d'alors guerroyaient sans repos, et l'on peut attribuer à des prises sur l'ennemi vaincu la présence de ces coquilles marines chez des populations vivant éloignées des côtes.
Mais il ne peut en être de même pour les objets néolithiques rencontrés au loin du gisement naturel de la matière dont ils sont faits, car nous connaissons, en assez grand nombre, les fabriques de ces instruments créées dans un but indéniable d'exportation.