Le grand développement du type moustiérien dans nos régions correspond à une phase climatérique froide et humide. Déjà nous avons vu que, lors de la prédominance du coup de poing acheuléen dans l'outillage, la température moyenne s'était de beaucoup abaissée. Ce refroidissement se continuant, la faune se modifia et, par les ossements dont la caverne de la Madelaine est encombrée, ainsi que toutes celles qui furent habitées à cette époque, nous constatons l'existence, dans la région, du mammouth, du Rhinoceros tichorhinus, de l'Ursus ferox, du Cervus megaceros, espèces caractéristiques de ces temps, auxquelles se joignaient le lion, l'hyène, le léopard, le renne, le glouton, le renard bleu, le bœuf musqué, le bouquetin, le chamois, la marmotte. La transition entre les deux faunes, d'ailleurs, s'était opérée graduellement, au fur et à mesure que les conditions climatériques se modifiaient et, avec elles, la flore.

Quant à l'homme, ainsi que le font aujourd'hui les Kamtchadales décrits par Pallas, il se réfugia dans les cavernes, aménagea les creux des rochers et certainement aussi, dans les vallées dépourvues d'abris naturels, près des cours d'eau, se construisit des demeures souterraines, tout comme les Tchoutches de la Sibérie orientale. Mais, pour occuper les cavernes, ils les devaient conquérir par les armes, car les animaux féroces en avaient fait leur demeure. Très souvent à la base des couches qui maintenant encombrent ces abris, on trouve les restes de leur occupation par les animaux, ours, lions et hyènes qui revenaient parfois s'y installer, soit après en avoir chassé les hôtes humains, soit alors que, pour une raison ou pour une autre, la caverne avait été abandonnée. Dans la grotte d'Echnoz-la-Moline, en Haute-Saône, on n'a pas trouvé moins de huit cents squelettes d'ours. D'après M. Dupont[82], bien des cavernes de la Belgique auraient été occupées tout d'abord par l'hyène, puis par l'ours, enfin par l'homme.

Fig. 15.—Instruments de type moustiérien (Le Moustier).
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Les instruments prédominants dans l'outillage des troglodytes du Moustier sont la pointe (fig. 15, nos 1 et 2) et le racloir (fig. 15, nos 3 et 3a); la pointe est formée d'un grand éclat en ogive allongée, retouché des deux côtés sur l'une de ses faces seulement, celle qui portait les nervures répondant à l'enlèvement des éclats précédents sur le nucleus. Les racloirs sont taillés d'après le même principe, mais le plus généralement les retouches ne portent que sur un seul tranchant. Puis viennent des instruments de formes variées, lames à encoches, perçoirs, burins finement retouchés, mais toujours sur une seule face; enfin le coup de poing amygdaloïde, habilement ouvré, éclaté sur ses deux faces.

Fig. 16.—Pointe de type moustiérien, Silex blond. Oasisde Kharghiyeh (Égypte).Fig. 17.—Pointe de type moustiérien. Silex patiné blanc.Somaliland (Rec. Seton Karr. Musée de St-Germain, no 35524).
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On a longuement discuté sur l'usage de ces divers instruments; mais la plupart des explications sont plutôt du domaine de l'imagination que de celui de la science; car, ignorant complètement quels étaient les usages des hommes aux temps de cette industrie, nous ne pouvons affirmer aucun emploi d'une manière certaine. Les gens du Moustier, comme ceux de Menton et de Taubach, connaissaient le feu. Ils ne semblent pas avoir fait usage de l'os travaillé, ou du moins nous ne possédons pas d'instruments de cette matière; à peine connaît-on quelques phalanges de cheval[83] et des humérus de bison portant des stries qui, peut-être, ont été entaillées par la main de l'homme. Les gens du Moustier brisaient les os dans le sens de la longueur, afin d'en extraire la moelle; mais il ne semble pas qu'ils en aient utilisé les esquilles, tout au moins ils ne les ont pas façonnées.