Fig. 20[87].—Industrie aurignacienne. Types principaux de silex taillés.
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Cette observation, d'ailleurs, quant à l'insuffisance de l'armement de pierre, s'applique à toutes les phases du quaternaire, à bien des peuplades sauvages de nos temps; mais de nos jours ces primitifs accroissent l'efficacité de leurs flèches et de leurs piques par le poison dont ils enduisent les pointes: peut-être en était-il de même à ces époques reculées.

La teinture.—Nous ne possédons d'autres preuves de cet usage que la présence dans les couches aurignaciennes des cavernes de couleurs minérales. Dans la station des Roches (Indre), M. Septier a découvert dix-sept échantillons de matières colorantes, dont une plaque de sanguine, des terres argileuses rouges ou lie de vin, des grès contenant de l'oxyde de fer, de l'ocre rouge et jaune, de fragments de pyrolusite et d'oxyde de manganèse[88]. Des minerais de fer et de manganèse ont été découverts dans la grotte des fées[89], et dans la caverne aurignacienne des Cottés (Vienne) on a trouvé un canon de renne gravé renfermant de l'ocre[90].

Quel était l'usage de ces couleurs? les employait-on pour teindre les peaux dont les Aurignaciens faisaient leurs vêtements, ou pour des peintures corporelles, telles qu'ils s'en pratique encore chez de nombreuses tribus sauvages, telles qu'elles étaient en usage dans l'Égypte anté-historique, voire même chez les Ligures et les Gaulois? On serait porté à croire que ces gens se couvraient le corps de peintures, si l'on s'en rapporte aux objets qui accompagnaient les foyers de cette époque au Crot-du-Charnier (Solutré): ornements grossiers de parure en os et en ivoire, mélangés à des morceaux de matières colorantes et des plaquettes de schiste qui, probablement, comme dans la vallée du Nil, tenaient lieu de palette pour écraser et mélanger les couleurs avec l'huile, la graisse ou l'eau.

INDUSTRIE SOLUTRÉENNE.

Les coupes relevées au Crot-du-Charnier, à Solutré (Saône-et-Loire)[91], ne permettent aucun doute quant à la priorité de l'industrie aurignacienne sur celle des Solutréens, la première de ces deux industries étant représentée à la base par deux niveaux de foyers séparés entre eux et recouverts par des zones d'éboulis. C'est au-dessus de la dernière couche stérile que se trouvent les foyers solutréens accompagnés d'une faune tout autre que celle des niveaux inférieurs. On y rencontre en effet: le loup et le renard, Hyæna spelæa, Ursus spelœus et U. arctos, Meles laxus, Mustella pustorius, Lepus timidus, Elephas primigenius, Equus caballus, Cervus tarandus, Cervus canadensis, Bos primigenius, et des oiseaux indéterminés, échassiers, rapaces, etc.[92]... Dans les couches intermédiaires, entre les foyers des deux industries, est une assise composée entièrement d'ossements d'équidés. On avait même pensé que les Solutréens avaient domestiqué le cheval; mais cette opinion a été abandonnée[93].

Instruments en silex (fig. 21).—L'ensemble de cet outillage est remarquable par la finesse de sa technique. Les instruments, toujours composés d'éclats plus ou moins grands, habilement retouchés, sont de deux natures différentes. Les uns sont taillés seulement sur une face, pointes, grattoirs, perçoirs, scies, etc., analogues à ceux des industries moustiérienne et aurignacienne; les autres, façonnés sur les deux faces, mais peu épais sont des têtes de javelots, d'épieux, des poignards (?); tous affectent la forme lancéolée de la feuille de saule ou de celle de laurier; ils sont parfois arrondis à l'une de leurs extrémités, alors que l'autre demeure aiguë.

C'est une véritable révolution qui s'opère dans le travail de la pierre, lors de l'apparition de l'industrie solutréenne; et ce type de la pointe lancéolée sera de tous les temps et de tous les pays à des époques différentes. Au néolithique il se montre en Scandinavie, en Égypte, en Tunisie, dans le centre de l'Afrique, en Susiane, au Mexique, aux États-Unis, soit sous forme de pointes de flèches, soit de taille suffisante pour armer des lances ou des javelots; on le connaît en silex, en quartz, en pétro-silex, en obsidienne, etc...; mais on trouve aussi des têtes de flèches à crans et à pédoncule. Tout l'outillage des Aurignaciens se conserve, parfois même plus complet que dans cette industrie; on y voit le racloir double, le perçoir simple ou double, bref presque toutes les formes que peut prendre le silex sous la main d'habiles ouvriers.

Instruments en os.—Une série de belles aiguilles en os percées d'un chas et d'un travail délicat a été retirée de la couche de foyers où ces instruments de couture étaient en compagnie de pointes de flèches à crans, d'outils de bois de renne gravés au trait, de coquilles et de dents d'animaux perforées pour la suspension, et les Solutréens se livraient à des travaux d'art, gravaient sur les palettes des bois de renne, des figures animales.