Bien longtemps avant de polir le silex, les matières sédimentaires siliceuses et les roches cristallines, les hommes avaient travaillé et poli l'os et l'ivoire et quelques ustensiles de pierre; ils n'ignoraient donc pas cette méthode de travail mais, pour des causes qui nous échappent, ils ne l'employaient pas et ce n'est que très tardivement qu'ils en firent usage.
Fig. 74.—Mines de silex de Ouadi el Cheikh, d'après une photographie de H.-W. Seton Karr.
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L'instrument, taillé avec beaucoup de soin, présentait la forme qu'il devait avoir après le polissage. Pour les outils de silex, par de petites retouches habilement faites, on enlevait le plus qu'il était possible des arêtes par trop saillantes, et, pour les autres roches, c'est par un piquage, au moyen d'un percuteur pointu, d'une roche très résistante qu'on amenait l'instrument à sa forme; puis en le frottant sur une substance plus dure et, probablement aussi, en s'aidant de sable et d'eau, on enlevait tous les saillants des retouches.
Cette opération se faisait soit sur un rocher, soit sur une grosse pierre apportée dans le campement et auquel nous donnons le nom de polissoir. Nous connaissons des polissoirs des industries aurignacienne[149], magdalénienne[150], azilienne[151]: mais ces pierres ne servaient alors qu'au polissage des os et de l'ivoire, à la fabrication des aiguilles et des épingles. C'est au néolithique que commence le polissage de la pierre, il ne s'applique qu'à quelques instruments seulement, haches, erminettes, gouge, ciseau et casse-tête, dans le monde entier, couteaux et bracelets en Égypte seulement; et encore les instruments polis ne le sont-ils souvent qu'au tranchant. Toutefois il est à remarquer que dans le sud de l'Europe, en Italie, en Grèce et en Espagne les haches polies de silex font défaut[152] et qu'en Afrique du Nord elles semblent également manquer, ou du moins être extrêmement rares.
Fig. 75.—Pic de mineur de Ouadi el Cheikh (musée de Saint-Germain récoltes de Seton Karr) et son emmanchement.
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