Le néolithique, vers son apogée, a connu les instruments perforés pour recevoir leur emmanchement, haches, marteaux, masses, casse-têtes, etc., qu'on rencontre dans tous les pays du monde. Ces armes presque toujours faites de pierre très dure, diorite, serpentine ou autre, ont été longtemps en usage, car on les trouve fréquemment avec des instruments de bronze; mais on aurait grand tort de les considérer comme représentant une époque[155] car, dans les diverses régions où elles se rencontrent, l'industrie énéolithique ne peut être considérée comme de la même antiquité. En Égypte et en Chaldée, les masses de formes diverses sont extrêmement anciennes et leur usage s'est, dans la Mésopotamie, conservé jusqu'à nos jours. Les Arabes des tribus, en effet, sont encore armés d'un casse-tête fait d'un court bâton muni, à l'une de ses extrémités, d'une grosse boule de bitume.
Quant à la perforation du trou d'emmanchement, elle se faisait, comme de nos jours encore, par rotation d'un foret circulaire, généralement creux, actionné, soit à la main, soit à l'aide d'un archet, agissant sur la pierre à percer; le sable mouillé jouait un grand rôle dans ce travail qui permettait aussi le forage des vases de pierre dure, cristal de roche, obsidienne, cornaline, etc... Certains bas-reliefs de l'ancien empire égyptien nous montrent des ouvriers occupés à ce travail (fig. 77).
Fig. 79.—Vase de pierre.
Abou Zédan (Hte-Égypte).
Énéolithique.—Rech. H. de Morgan.
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Dès le temps des industries de la pierre éclatée, l'homme travaillait le bois; dans les dernières périodes, dans celles qui ont précédé l'apparition du métal, il abattait de gros arbres, dont il creusait le tronc pour en faire des pirogues[156], sortes d'auges allongées, rondes ou carrées aux extrémités. Il coupait aussi et taillait en pointe les pieux de ses villages lacustres et les poutres de ses habitations. Certes ce travail exigeait beaucoup de patience, nous le savons, ayant vu les Indiens de l'Amérique méridionale se livrer à ces travaux; mais on n'en parvenait pas moins à ses fins, tout comme si l'on avait disposé de haches métalliques. Le temps alors était le principal facteur de toutes les œuvres, il l'est encore chez les peuples primitifs; les Indiens de l'Alaska polissent l'ivoire de morse en le frottant pendant des semaines et des mois dans le creux de leur main, et obtiennent ainsi un lustre que jamais ne produirait un procédé plus rapide.