Vn lundy fut le iour de la grande iournée
Que l'Amour me liura: ce iour il fut vainqueur,
Ce iour il se fit maistre et tyran de mon cœur,
Du fil de ce iour pend toute ma destinée.
Lors fut à mon tourment ma vie abandonnée,
Lors amour m'asseruit à sa folle rigueur,
C'est raison qu'à ce iour, le chef de ma langueur
Soit la place en mes vers la première donnée.
Ie ne sçay que ce fut, s'amour (si amour) tendit ses toiles
Ce iour là pour m'auoir, ou bien si les estoiles
S'estoient encontre moy en embusche ordonnées;
Pour vray ie fus trahy, mais la main i'y prestois
Car plus fin contre moy que nul autre i'estois
Qui sçeus tirer d'un iour tant de males (mauvaises) années.

[22] Je ne sais pourquoi M. Feugère, qui cite ces vers dans son Etude sur La Boëtie, a suivi une orthographe surannée, qui n'est pas dans l'imprimé (aultre pour autre, etc.), et remplace le mot avancé par dévancé.

En général, dans les traductions de La Boëtie, le texte est fidèlement étudié, reproduit avec exactitude et souvent avec bonheur; cependant M. P. Mantz (dans l'Artiste) émet à ce sujet une opinion un peu différente, et dont nous lui laissons la double responsabilité. «La manière de La Boëtie, dit-il, est à peu près celle d'Amyot; comme les femmes et comme lui, il n'est ni tout à fait fidèle ni complétement perfide, il défigure quelquefois l'original, et quelquefois il l'arrange.»

Le Xénophon a été souvent traduit, mais, d'après M. Feugère, excellent juge et très-compétent, il ne l'a jamais été mieux que par La Boëtie. Cette traduction figure textuellement dans l'édition des œuvres de Xénophon traduites par divers auteurs (Seyssel, Doublet, etc. Voy. Barbier, Dict. des anonymes, nº 13255), publiée par Pyramus de Candolle, Cologny (coloniæ Allobrogum); ou Genève, in-fol. 1613; ou Iverdun, in-8º, 1619. Il y a à peine quelques mots de changés, par exemple vous au lieu de tu, chrysobole au lieu de chrysobolus, etc.[23].

[23] Nous connaissons une traduction de Xénophon, très-rare et non citée, que nous avons vu à tort attribuer à La Boëtie: Le mesnagier de Xénophon, plus un discours de l'Excellence, du même auteur; Paris, Vincent Sertenas, 1562, in-8º.

Pour être complet, nous ajouterons que postérieurement à la mort de Montaigne, on retrouva une traduction faite par La Boëtie du grec du premier livre de l'Économique d'Aristote, le seul que quelques critiques admettent aujourd'hui pour authentique; et en 1600, le libraire Claude Morel réimprima les pièces publiées en 1571 et 1572, et y ajouta celle-ci[24].

[24] On sait que l'Économique a été contestée à Aristote. (Voyez Camérarius, Préface des Économiques d'Aristote et de Xénophon; J. G. Schneider, Anonymi Œconomia quæ vulgo Aristoteli falso ferebantur, Leipzig, 1815, in-8º; Schœll, Histoire de la littérature grecque; Barthélemy Saint-Hilaire, Traduction de la Politique; Feugère, Œuvres complètes de la Boëtie. M. Hoëfer, traducteur des deux livres de l'Économique, ne partage pas cette opinion. M. Feugère rappelle que déjà Nicolas Oresme (Baillet, Jugement des savants), par l'ordre de Charles V, avait translaté dans notre langue, sur une version latine, le traité d'Aristote; mais il ajoute: La Boëtie fut à la fois de cet ouvrage le second et le dernier traducteur français. Ceci est contestable, car nous connaissons une autre traduction, très-rare à la vérité, non citée, qui est celle-ci: les Œconomiques de Aristote translatées nouvellement du latin en françoys par Sibert Louvenbroch, licencié es loix demeurant en la noble ville de Coulongne; Paris, etc., sans date (vers 1532), in-16 de 46 pages, lettres rondes, à la fin un feuillet blanc avec la marque de Denis Janot.

Vascosan a aussi publié une traduction du grec en français de ce même traité, 1554, in-8º, par Gabriel Bouin ou Bounin, bailli de Châteauroux.

Enfin le marquis de Paulmy cite (Mélanges tirés d'une grande Bibliothèque) une traduction faite en 1417 du premier livre de ce même traité, mais qui n'a pas été imprimée, par Laurent de Premierfait, valet de chambre du roi Charles V (mss. Bibl. impér. nº 7351), et une autre traduction, mais cette fois imprimée et en vers français, par Jean Hérault de Sainte-Ferme en Bazadois, in-16, 1561.

M. F. Hoëfer a donné la première traduction française complète de l'Économique, d'après les mss. de la Bibliothèque impériale, à la suite de la Politique, traduite par Champagne, revue et corrigée par lui (Paris, 1843).