[21] Ibidem; Autre Anglaise, p. 274.
Eugène Corbières mérite aussi une mention spéciale par sa manière de comprendre la médecine.
Ce qui l'a décidé «à prendre cette voie, c'est le besoin de certitude». Son esprit «a comme faim et soif de quelque chose de positif, d'indiscutable. Les sciences naturelles donnent cela». Il lui a semblé que «la médecine, comprise d'une façon un peu haute», est «parmi les sciences naturelles la branche qui se prête à une application pratique telle que cette application soit acceptable dans toutes les hypothèses» philosophiques. Le médecin «est l'altruiste par excellence. Il est dans le vrai quel que soit le postulat métaphysique auquel nous nous rangions». Comme tout grand médecin, il a «une exceptionnelle capacité d'affirmation personnelle, de décision immédiate, de parti pris effectif». Ce métier comporte, «si l'on peut dire, un empoignement direct de la réalité». Corbières permet de constater «cette vertu presque militaire de la discipline médicale» et, un jour, «ses collègues l'ont vu, avec une stupeur que les années n'ont pas dissipée, brusquement, peu de temps après les trois morts survenues coup sur coup, quitter sa place enviée de médecin des hôpitaux, sa magnifique clientèle parisienne, la certitude de tous les honneurs, pour entrer dans la congrégation des frères de Saint-Jean-de-Dieu, vouée, comme on sait, au service des malades…»[22].
[22] L'Echéance (décembre 1898), p. 9 à 11, 59 et 78.
Tout récent[23] est le croquis de cet interne de Trousseau, le héros de cette tragédie de scrupule, qui formule et applique si bien ce grand principe de déontologie: «pour un médecin, le grand devoir, et qui prime tous les autres, c'est le service du malade. Le médecin ne doit connaître que cela, ne voir que cela». Il ne doit jamais céder «à la tentation d'interposer son rôle au chevet du patient». Il doit n'avoir jamais d'autre mesure de ses actes «que la lutte avec la maladie, quel que fût le malade et sans aucun souci des conséquences».
[23] Un Cas de conscience, p. 19.
Je termine par le spécialiste du système nerveux que Paul Bourget symbolise dans le professeur Salvan et l'étudiant Bobetière.
«Conservé par une existence continûment active et ascétique…, mince et robuste, avec une tête petite, dont le masque saisissant et glabre rappelait la face napoléonienne de son maître Charcot…», Salvan associe, «comme jadis Trousseau, un beau talent d'écrire aux plus solides qualités de clinicien et d'anatomiste. Plus fameux que connu, ses immenses travaux l'ont toujours éloigné des salons… Ce manieur de misères humaines» est un «sensible, malgré des allures volontiers brusques qu'explique son métier de neurologue…»[24].