Le secrétaire indien de la reine, Munshi Abdul Karim, et ses compagnons occupent un wagon. Un autre wagon est généralement occupé par les directeurs de la Compagnie de chemin de fer sur le réseau de laquelle voyage la reine.

Partout de moelleux tapis couvrent le parquet.

Afin de ne pas troubler le sommeil de la reine, ses wagons n’ont pas de freins; les locomotives et les fourgons sont seuls munis de cet engin d’arrêt. La suspension en est parfaite et il est très difficile, si les rideaux sont baissés, de pouvoir dire si le train est en marche ou au repos. A Windsor, à Ballater et dans toutes les stations dans lesquelles elle a coutume de s’arrêter, soit au départ, soit à l’arrivée, la reine a une salle d’attente spéciale avec lavatory. On y sert souvent le thé à la famille royale venue pour saluer la souveraine à l’arrivée ou au départ.

La Reine en 1890.

Lorsque la reine est sur son départ, un grand mouvement s’établit dès l’aube entre le château et la gare. Toute la cavalerie est réquisitionnée pour le transport des bagages que des valets de pied de la Cour, de forts gaillards vêtus de rouge, empilent soigneusement sur les quais. C’est un va-et-vient de gens affairés pendant quatre ou cinq heures. Après les colis, viennent les animaux, les chiens, puis les voitures et harnais, puis les chevaux. Enfin, dès que l’heure du départ approche, ce sont la garde d’honneur qui se rend à la gare, puis les gens de la reine, les dames et seigneurs de la Cour dans des voitures à la livrée royale, ensuite le secrétaire particulier et le médecin de la reine, puis enfin et en dernier la reine, qu’annonce de loin l’attelage à quatre avec postillons à cheval dans la livrée noire et blanche qu’elle a adoptée depuis la mort de son époux; on reconnaît aussi la voiture royale à la livrée pittoresque du serviteur écossais, qui, les genoux nus, vêtu du jupon plissé qui constitue la grande originalité du costume national des montagnards du nord, est assis sur le siège d’arrière. La reine est accompagnée soit de la princesse Béatrice, soit d’une autre dame de la famille royale.

Le wagon de la Reine.—La chambre à coucher.

Dès que la reine pénètre dans la cour de la gare, la musique de la Garde ou les joueurs de cornemuse, selon que le départ a lieu de Windsor ou de Ballater, station du domaine de Balmoral, joue le God save the Queen. La reine descend péniblement de voiture et traverse la gare en hâte. Elle adresse toujours un compliment au chef de train et monte en wagon. Tout le monde est prêt pour le départ, car, à peine la portière du wagon royal s’est-elle refermée sur la souveraine, que le train s’ébranle sans secousse, sans bruit, au coup de sifflet.

De même qu’elle est la dernière à monter en wagon, de même elle est la première à en descendre. Aussi les dames et seigneurs désignés pour prendre le service d’honneur à l’arrivée doivent-ils partir la veille de son départ.