—Quelle fermeté! pensait Olifour, qui assistait à cette scène; c’est pourtant moi qui l’ai élevé!
La reine alla jusqu’à menacer son fils de sa malédiction. Alors le prince Charmant se roula par terre à son tour, déchira ses poils follets, mit son cafetan en lambeaux, et déclara que puisqu’on lui refusait celle qu’il aimait, il prenait la résolution immuable de mourir de consomption avant six mois.
—Non, mon fils, non, tu ne mourras pas! s’écria la reine éperdue; conserve-toi à notre amour et à l’admiration de tes peuples. Allez, Olifour, allez chercher Chevrette; je veux que mon fils l’épouse à l’instant.
—Quel machiavélisme! pensa de nouveau Olifour; comme sa ruse a réussi! Quel élève j’ai fait là!
Il alla chercher Chevrette.
III
CHEVRETTE A LA COUR
Chevrette aurait autant aimé ne pas épouser le prince Charmant et rester chevrière; mais ses parents étaient pauvres, avides de trésors, il fallut se résigner.
Une fois à la cour, elle ne put s’empêcher de reconnaître que le prince Charmant était un sot, et son précepteur Olifour un imbécile.
Quant au roi et à la reine, c’étaient de bonnes gens qui n’y voyaient pas plus loin que le bout du nez de leur fils.