—Si je retourne à la ville, pensa-t-elle, le prince Charmant me fera saisir par ses gardes, et je serai obligée de retourner à la cour, où l’ennui me tuera.
Si je reste cachée à la campagne, comment ferai-je pour vivre?
Elle était au milieu de ces perplexités lorsqu’un joyeux bêlement se fit entendre derrière elle.
C’était sa chèvre, sa chèvre favorite qu’elle avait emmenée avec elle à la cour, et qui, la voyant partie, s’était échappée du palais pour la suivre.
Elle oublia un moment la fâcheuse situation dans laquelle elle se trouvait pour recevoir les caresses de sa chèvre. Le fidèle animal sautait, gambadait autour de sa maîtresse, et venait de temps en temps frotter son joli museau contre le sein de la chevrière.
—Tu m’aimes bien, lui disait-elle, ma pauvre chèvre, tu es heureuse de me revoir; hélas! je n’ai rien à te donner, pas même un brin de luzerne ni un petit toit pour te mettre le soir à l’abri du loup.
Comme elle prononçait ces paroles, elle entendit quelqu’un qui s’écriait:—Oh ciel!
Celui qui parlait ainsi était un jeune chevrier nommé Jasmin. Il errait dans les bois, triste et désolé, parce qu’il avait perdu Chevrette qu’il aimait.
Mais Chevrette ne le savait pas.
En le voyant elle se sentit rassurée; elle l’appela:—Jasmin! Jasmin!