I
IMPÉRIA
IL n’était bruit dans Venise que des attraits de la comtesse Impéria.
Sa beauté fière et majestueuse frappait tout le monde d’admiration; son teint d’un blanc velouté, nuancé d’une légère teinte rose, était un objet d’envie pour toutes les dames de Venise. L’élite de la noblesse l’entourait d’une cour brillante et nombreuse. Le glorieux époux de la mer, le doge lui-même, avait dit, le jour de son couronnement, que s’il avait été libre de son choix, ce n’est pas l’Adriatique qui aurait reçu son anneau de fiançailles.
Les gondoliers de Venise admiraient sa beauté, et le soir sur la grève, lorsque l’improvisateur, récitant les strophes de la Jérusalem délivrée, parlait au peuple d’Armide, de Clorinde et d’Herminie, il s’écriait, dans un transport d’enthousiasme, qu’elles étaient belles comme la comtesse Impéria.
Elle recevait tous les hommages indistinctement; tout seigneur était admis auprès d’elle, sans qu’elle eût l’air d’écouter celui-ci d’une oreille plus favorable que celui-là. Tant de vertu unie à tant de beauté faisait de la comtesse une exception, et la rendait célèbre dans toute l’Italie.
Ce devait être un grand triomphe que de dompter ce cœur rebelle; aussi l’émulation de la jeunesse vénitienne était-elle vivement excitée; l’époux de la belle Impéria aurait tant et de si redoutables rivaux à vaincre!
On commençait à croire, à Venise, que la comtesse renonçait définitivement au mariage, lorsqu’on apprit qu’elle avait fait un choix.
II