Un jour, une gondole noire s’arrêta devant le palais de la belle Impéria. Des rameurs frappèrent à la porte et, déposèrent un cadavre sur le seuil.

C’était celui de Stenio.

On l’avait trouvé étendu sur la grève du Lido, frappé d’un coup de poignard au cœur; auprès de lui, un billet écrit de sa main contenait ces simples mots: «Que Dieu fasse miséricorde à mon âme, elle ne m’aimait pas!»

A la vue de ce cadavre, Impéria sentit des larmes baigner sa paupière; elle regarda longtemps les cheveux souillés, les yeux éteints, la poitrine ensanglantée de son jeune époux, et déposant un baiser sur son front pâle:

—Maudit soit le jour, dit-elle, où j’ai voulu vivre sur la terre! Si la fée m’avait dit: Tu auras un cœur insensible, une âme froide; tu assisteras, impassible, au spectacle des maux que tu feras naître, tu brilleras d’une beauté fatale qui ne reflétera aucun sentiment de tendresse, je n’aurais pas demandé à changer de sort. Fleur, on peut vivre sans parfum; femme, on ne saurait exister sans amour!

O Fée! ajouta-t-elle, rends-moi à ma première forme, fais que je redevienne Camélia: il y a bien assez de femmes sans cœur sur la terre!

La Fée aux Fleurs ne tarda pas à réaliser ce souhait. Redevenue fleur, Impéria se ressouvint de Stenio: on vit fleurir comme par enchantement un magnifique camélia sur la tombe du jeune homme.

On parla longtemps du suicide de Stenio et de la disparition de sa veuve, qui eut lieu quelque temps après.

Personne ne comprit rien à cette mort, et lorsqu’on en parlait à Paolo, il répondait:

«Je le lui avais bien dit, c’était un poète!»