Il suivait Toinette aux champs, il l’attendait pour lui parler lorsqu’elle rentrait chez son oncle, au détour de la grande allée.

Un jour, il lui avait même dit:—Toinette, je t’aime.

—Et moi itou!

Voilà ce qu’avait répondu Toinette. Comme ils avaient été pour ainsi dire élevés ensemble, que la mère de Toinette avait nourri Florizelles, qu’ils avaient joué tous les deux sur les genoux de la bonne femme, qu’ils ne s’étaient pas perdus de vue un seul instant depuis leur enfance, ils ne pouvaient pas faire beaucoup de façons l’un et l’autre à se dire qu’ils s’aimaient.

Le docteur Cocomber était trop savant pour s’apercevoir de cet amour, et lorsqu’il s’en fut aperçu il n’y prit pas garde.

—Après tout, se dit-il, il n’y a pas grand mal à cela: à leur âge ça ne peut aller bien loin, et puis, quand même? De tout temps les Toinette ont été faites pour les marquis de Florizelles.

S’il voulait faire quelque folie, il me suffirait de lui débiter une ou deux de mes grandes maximes pour l’en empêcher.

Il s’endormait là-dessus, heureux que son élève allât faire l’école buissonnière, et lui permît de se livrer tranquillement à sa sieste habituelle.

Sur ces entrefaites, la mère de Florizelles mourut, et il déclara à son gouverneur qu’étant majeur et libre de son bien, il voulait aller vivre à Paris et emmener Toinette.

Emmener Toinette! Cocomber ne pouvait en croire ses oreilles.