Comme Lucas et Blaise se promenaient dans la campagne, rêvant au bonheur qui les attendait dans un an, ils rencontrèrent Bleuette et Coquelicot, qui pleuraient à chaudes larmes.

Les deux bergers se mirent à pleurer sans trop savoir pourquoi. Lucas sentit le premier le besoin de demander une explication.

—Robin, le plus beau des moutons, ma bergère, est-il malade? demanda-t-il d’une voix couleur de sa casaque.

—Ma bergère a-t-elle perdu la tourterelle que je lui ai donnée au printemps dernier? s’informa à son tour Blaise.

—Robin se porte bien, répondit Bleuette, mais j’ai vu M. le bailli, qui m’a dit: Je veux t’épouser!

—Moi, s’écria Coquelicot, j’ai rencontré le seigneur, qui m’a dit: Tu seras ma femme.

Aussitôt les deux bergers poussèrent d’affreux gémissements. Blaise jura qu’il irait se précipiter au fond d’un gouffre; Lucas voulut s’étrangler avec le ruban de sa houlette, un ruban que Coquelicot lui avait donné!

C’était un spectacle à attendrir les tigres d’Hyrcanie.

—Ce qu’il y a de pire, ajoutèrent les deux bergères, c’est que le seigneur et le bailli doivent venir nous chercher ce soir, et si nous refusons d’obéir, ils mettront sur pied leurs archers et nous forceront à les suivre.

Les deux bergers s’écrièrent qu’on les tuerait avant de leur ravir l’objet de leur tendresse, et tous les quatre reprirent le chemin du village.