Vint la renaissance.

Qui le croirait? La renaissance, qui fut comme l’époque du réveil de la grâce, la renaissance négligea les fleurs. Elle parut, comme le moyen âge, ne les aimer qu’en sculpture. Si les fleurs du moyen âge étaient de pierre, celles de la renaissance furent de métal.

Il n’y a de grand horticulteur pendant la renaissance que Benvenuto Cellini, qui faisait de si belles fleurs d’or, d’argent et de bronze.

Ronsard aimait les fleurs; il en parle constamment dans ses vers, mais il n’en put communiquer le goût à son époque. On crut un instant que les fleurs allaient enfin triompher de l’indifférence publique et asseoir définitivement leur empire en France, lorsqu’on vit tous les poètes se réunir pour tresser la fameuse guirlande de Julie; mais Louis XIII mourut, et Louis XIV monta sur le trône.

Le grand siècle fut encore plus indifférent pour les fleurs que le moyen âge et la renaissance. Où est la place des fleurs à Versailles, à Saint-Cloud, à Marly, dans toutes les grandes résidences? C’est à peine si on leur réserve un mince parterre perdu au milieu de la grandeur de l’ensemble. Que voulez-vous? le grand roi n’aimait pas les odeurs, et le grand siècle se mit à imiter le roi.

Seul, le grand Condé fit exception; il eut le courage de cultiver des œillets, et d’en porter à la boutonnière en présence de Louis XIV. C’est peut-être le plus grand acte de témérité qu’ait pu commettre le vainqueur de Rocroi dans tout le cours de sa brillante carrière militaire.

Le Nôtre et La Quintinie, pour récréer les yeux des promeneurs, taillèrent tant qu’ils purent l’if et le buis; mais des pointes, des carrés, des ronds, des losanges, des triangles, des trapèzes, des angles rentrants, aigus, obtus, ne remplacent pas les fleurs.

Une autre raison contribua à nuire aux fleurs au moins autant que l’antipathie de Louis XIV.

Il faut en convenir, le grand siècle a été peut-être le plus médicinal de tous les siècles. Turenne, Condé, Vauban, Catinat, Bossuet, Fénelon, Racine, Molière, Boileau, Villars, Saint-Simon, Louvois, Colbert, se médicamentaient d’une façon vraiment incroyable. Le personnage le plus important de la société après le confesseur, c’était l’apothicaire. On ne connaissait en fait de fleurs que la jusquiame, la guimauve, la camomille, la capillaire, la digitale et autres gros bonnets de la flore pharmaceutique. Les fleurs ne s’achetaient qu’en petits paquets chez les herboristes: les malheureuses semblaient condamnées à la tisane à perpétuité.

La Régence ne dura pas assez longtemps pour avoir une action décisive sur l’avenir des fleurs. Cependant on vit poindre alors quelques collections de tulipes. De vieux officiers, qui avaient fait les campagnes de Hollande, et qui cachaient sous Louis XIV ce goût qui leur était venu d’un peuple dont le seul nom mettait le grand roi en fureur, ne craignirent pas de le montrer sous son débonnaire neveu. C’est ainsi que prit naissance l’art, la science, ou l’industrie du fleuriste, comme vous voudrez l’appeler.