A la vue de la Reine, Bleuette et Coquelicot sentirent l’espérance renaître au fond de leur cœur.

La Reine était belle et jeune comme elles; sa taille élevée et flexible, son teint pâle, ses yeux d’une grande douceur, imprimaient à toute sa personne un charme secret et puissant. En la voyant on se sentait attiré vers elle.

Les deux bergères se précipitèrent à ses pieds, et baisèrent les pans de sa longue robe blanche. Toutes deux pleuraient.

La Reine les releva avec bonté, et leur demanda ce qui pouvait causer leur chagrin.

—Le seigneur du village veut me forcer à l’épouser.

—Il faut que je devienne la femme du bailli, répondirent à la fois Coquelicot et Bleuette.

La Reine en souriant reporta son regard des deux jeunes filles aux deux vieillards. Ce court examen lui suffit.

—Suivez-moi, dit-elle aux suppliantes, nous aviserons. Il ne sera pas dit que la Reine de France aura vu répandre des larmes sur son passage, sans chercher à les essuyer.

Aussitôt le cortége se mit en marche, et les paysans suivirent la Reine en faisant retentir l’air de leurs acclamations; ils chantèrent plusieurs autres chœurs de circonstance que l’on retrouvera facilement dans tous les opéras-comiques.

Fleur de lis avait, dans les environs, une maison de plaisance dans laquelle, chaque été, elle venait oublier les soins du trône et de la grandeur. C’est là qu’elle conduisit les deux bergères. Avant de se retirer dans ses appartements, elle fit venir le seigneur et le bailli. Au lieu de les accueillir durement, comme ils le méritaient, elle leur fit une petite semonce plus amicale que sévère, leur montra le danger des unions disproportionnées, leur fit voir tout ce qu’avait de criminel l’emploi de la violence en amour, et, ce discours achevé, elle leur permit, puisque le mariage paraissait leur convenir, d’épouser une de ses dames d’honneur qu’elle doterait richement. La plus jeune de ces dames d’honneur avait dépassé la cinquantaine.