ON disait que Mlle Rose Chardon était une grande et belle fille, marchant la tête haute, un peu vive dans ses reparties, par exemple, mais excellente au fond, quoique fière; quelques-uns même prononçaient vaniteuse.
On disait qu’il ne fallait pas l’approcher de trop près; dans ses yeux brillants, sur le bout de son nez retroussé, on lisait écrit ces paroles: Qui s’y frotte s’y pique.
On disait que personne n’osait lui faire la cour. Sur ce point, le quartier se trompait.
II
LE LION
M. le marquis Annibal-Astolphe-Tancrède de l’Asnerie aperçut un jour Mlle Chardon qui travaillait à sa fenêtre par une belle après-midi d’été. Comme le marquis Annibal-Astolphe-Tancrède de l’Asnerie était fort inflammable, il s’enflamma. Il jura qu’il se ferait aimer de la grisette, chose qui, au surplus, ne lui semblait pas devoir être extrêmement difficile.
III
LE CLERC DE NOTAIRE
Le marquis n’était point le seul qui se fût aperçu de la beauté de Rose. Lilio, le clerc du procureur du coin de la grande place, l’avait remarquée depuis fort longtemps. Un beau jour il se décida à lui écrire pour lui révéler son amour. Et il passa et repassa pendant une heure sous sa fenêtre pour attendre sa réponse. Le marquis Annibal-Astolphe-Tancrède eut la même idée le même jour. Il envoya une lettre et vint lui-même chercher la réponse. Il se promena pendant deux heures sous le balcon, en faisant hum! hum! hum! C’était un homme d’expédients, que le marquis.