Pour peu qu’on connaisse la botanique, on sait que les capucines sont des fleurs à passions ardentes. Éclatantes le jour, on les voit la nuit s’entourer d’une auréole d’étincelles phosphorescentes. Quelle idée leur avait fait choisir de préférence la vie claustrale? C’est ce qu’on ne peut deviner, à moins qu’elles n’aient été entraînées par une similitude de noms.

Carmen et Inès étaient deux Capucines. L’ennui qu’elles éprouvaient au couvent n’étonnera personne.

Quelque bonnes résolutions qu’elles eussent puisées au pied de la croix, elles ne suffirent pas à les protéger contre la lettre de don Guzman.

Carmen la montra à Inès.

Après mille réflexions, mille hésitations que nous épargnons au lecteur, Carmen et Inès résolurent de fuir ensemble. Cela leur était facile, attendu l’indulgence de la mère abbesse, qui n’enfermait que les novices dans leurs cellules. Quant à la clef de la petite porte du jardin, elles savaient où la prendre chez la tourière, qui s’endormait régulièrement à neuf heures et qui ne se réveillait que le lendemain matin, quoi qu’il pût survenir au couvent. Il y a des sommeils qui protégent l’innocence.

VI

UN CHANGEMENT DE DESTINATION

Aucun nuage n’obscurcit le ciel, le vent ne mugit point sourdement, la lune ne se voila pas lorsque les deux fugitives franchirent les murs du couvent. Nous voudrions bien dire que minuit sonnait à l’horloge de la vieille tour, mais le fait est qu’il n’y avait au couvent des Capucines ni tour ni horloge.

Don Guzman attendait Carmen à quelques pas d’une chaise de poste.

En voyant les deux jeunes filles, la surprise l’arrêta.