Toutes les fois qu’il traverse le cimetière, le magister ne manque pas de cueillir des fleurs sur le tombeau des deux victimes. «Mes enfants, dit-il à ses élèves en leur montrant le bleuet et le coquelicot, celui-ci signifie délicatesse, celui-là consolation.» Deux qualités qui n’ont pas un rapport des plus directs avec l’histoire que nous venons de raconter; mais nous devons nous incliner devant le magister: il connaît mieux que nous le langage des fleurs. La jeunesse du village ne s’en plaît pas moins à lui faire des niches, quand elle en trouve l’occasion.
Pour se disculper, aux yeux de la postérité, d’avoir causé la mort de deux bergères aussi charmantes que Bleuette et Coquelicot, Lucas et Blaise ont affirmé sous serment, à leur lit de mort, qu’ils avaient cru le mariage avec le bailli et le seigneur définitivement consommé.
Lucas et Blaise, bourrelés de remords, moururent cinquante ans après leurs victimes.
On écrivit sur leur tombe:
ICI REPOSENT BLAISE ET LUCAS.
ILS FURENT
BONS PÈRES, BONS ÉPOUX, BONS BERGERS.
QUI QUE TU SOIS,
ARRÊTE, ET DONNE UNE LARME A LEUR MÉMOIRE,
UNE PRIÈRE A LEUR AME.
R. I. P.