Jamais, même au temps de l’empire romain, tant regretté par elle dans les fragments que nous venons de soumettre au lecteur, la rose ne fut plus heureuse.
On n’aimait que les teints de rose, les joues de rose, les lèvres de rose, les narines de rose, pourvu toutefois que ces teints, ces joues, ces lèvres, ces narines fussent mélangés d’un peu de lis.
Les poètes ne connaissaient qu’un seul objet de comparaison, la rose. La tige, le bouton, les épines, on tirait parti de tout.
Mme de Sainte-Rosanne portait habituellement la tête haute; un tendre incarnat (vieux style) animait ses joues; sa bouche était de carmin; elle marchait avec la majesté d’une femme qui a chaussé le cothurne ailleurs que sur les planches. Aussi lui disait-on sur tous les modes, dans tous les styles, en vers et en prose, qu’elle ressemblait à une rose.
Elle recevait tous ces hommages avec la majestueuse froideur d’une reine. Sa vanité en était plus touchée que son cœur. Mme de Sainte-Rosanne jouissait d’une grande réputation d’orgueil et d’insensibilité. Un poète, poussé à bout par ses dédains, décocha contre elle une épigramme sanglante qui finissait ainsi:
Elle est belle, mais sans odeur,
Comme la rose du Bengale.
La malignité publique s’empara avidement de cette allusion; les rivales de Mme de Sainte-Rosanne apprirent l’épigramme par cœur et la colportèrent dans tous les salons.
L’influence de Mme de Sainte-Rosanne, au lieu de diminuer, ne fit que s’augmenter encore pendant toute la durée de l’Empire. Napoléon lui tenait bien rancune de l’accueil indifférent qu’elle lui avait fait sous la République, mais cette rancune n’allait pas jusqu’à la disgrâce de celle qui en était l’objet.
Mme de Sainte-Rosanne, par un habile calcul politique, rompit avec la Restauration dès l’année 1822. Elle se montra beaucoup dans les salons libéraux, et invita plusieurs fois ostensiblement Béranger à dîner. Les rédacteurs du Constitutionnel étaient tous ses amis, et elle fut une des premières abonnées de ce journal.
Mme de Sainte-Rosanne a consigné, dans une note que nous reproduisons, l’impression que firent sur elle les premiers symptômes de la réaction romantique.