Depuis ce temps-là, ni jeunes gens, ni vieillards, ni femmes, ni filles, ne voulurent parler à Narcissa.
Elle fut obligée de quitter le village et d’aller se cacher dans la grotte du monte Negro, à côté de laquelle coule une source profonde qu’un saint ermite fit autrefois jaillir du roc par la puissance de ses prières.
Au lieu de pleurer ses erreurs et de faire pénitence, elle passait les longues heures de la journée à regarder son image que lui renvoyait le miroir de l’onde.
Un jour, un moine, renommé par sa piété et ses bonnes œuvres, gravit la pente du monte Negro pour exorciser Narcissa: pour agir ainsi qu’elle le faisait, ne fallait-il pas qu’elle fût possédée?
Le saint homme trouva la grotte vide.
Un enfant, qui gardait les chèvres près de là, raconta que la veille il avait vu Narcissa, après être longtemps restée sur le bord, se lever et se précipiter dans le gouffre.
Le moine descendit et célébra une messe pour le repos de l’âme de Narcissa.
On laissa dire qu’elle s’était noyée pour se soustraire à ses remords; mais chacun sait que l’ondine avait pris son visage pour l’attirer dans l’abîme et la livrer à Satan.
Ainsi périssent toutes les femmes sans cœur.
Voilà l’histoire que racontent les pêcheurs, le soir, lorsqu’ils raccommodent leurs filets, assis en rond sur la grève[2].