LA Fée aux Fleurs avait établi son domicile sur la terre, autant pour fuir un lieu qui lui rappelait des souvenirs désagréables, que pour être plus à portée de surveiller de près les actions de mesdames les Fleurs.
Chaque jour lui apportait un nouveau chagrin, un nouveau sujet de mécontentement.
La Rose était son enfant de prédilection, sa fille chérie. La vie qu’elle lui avait vu mener remplissait l’âme de la Fée d’une amère douleur!
Elle n’avait pas, non plus, à se féliciter du sort du Lis, de la Tulipe, du Bleuet, du Coquelicot, de la Pensée, et d’une foule d’autres fleurs dont on trouvera les aventures dans le courant de cet ouvrage.
Si sa vengeance paraissait certaine, son cœur de mère était déchiré.
Parmi les fleurs, les unes étaient malheureuses parce qu’elles restaient fidèles à leur caractère; les autres, au contraire, parce qu’elles voulaient en changer.
C’est ainsi que la Violette courait à sa perte. Le jour même, la Fée l’avait rencontrée dans un somptueux équipage, étincelante d’or, de soie et de pierreries.
La Violette avait renoncé à l’obscurité.
Pour secouer la tristesse que cette vue lui avait causée, la Fée aux Fleurs sortit de la ville et prit le chemin de la campagne, vêtue à la façon d’une femme de conseiller, et menant après elle un petit domestique joufflu qui portait son parasol et son coqueluchon.
A l’entrée d’un petit bois, elle congédia son domestique, et pénétra sous les arbres, pour y goûter en paix la fraîcheur et le plaisir d’une lecture solitaire.