IL faut fuir la fleur d’oubli, il ne faut pas se laisser prendre à son parfum décevant.

Elle est belle et souriante, elle vous regarde avec des yeux doux; elle semble vous appeler et vous dire: «Viens, je suis ton ami, je te consolerai.»

Connaissez-vous Ulric le chasseur? Il a cueilli la fleur d’oubli.

D’abord, un calme profond a succédé à ses tourments; il a pu regarder sans trouble celle qui le faisait tant souffrir.

Ulric s’est lassé de son indifférence, et il a voulu aimer encore; mais il avait cueilli la fleur d’oubli.

On n’aime plus jamais quand on a oublié une fois.

Ulric erre dans les bois; il se promène dans la plaine, il gravit la montagne, il demande à l’oiseau du bocage, à la fleur du sillon, à la source de la montagne, pourquoi lui seul ne peut plus aimer. L’oiseau, la fleur, la source lui répondent: «Tu as cueilli la fleur d’oubli.»

Le chasseur regrette le temps où il était malheureux: du moins, alors, il sentait battre son cœur.

—Ah! s’écrie-t-il, il est donc des maux dont on ne guérit que pour souffrir davantage!

Il faut fuir la fleur d’oubli; il ne faut pas se laisser prendre à son parfum décevant.