—L’occasion est favorable, se dit le diable, agissons.
Il tira de sa poche le cœur d’une jeune fille morte d’amour, et, le faisant brûler en guise de pastille du sérail, il en parfuma l’atmosphère.
Aussitôt évoqués par ce charme magique, les désirs vinrent voltiger autour de la religieuse; la brise glissa dans ses cheveux comme une caresse, les grappes du lilas s’inclinèrent amoureusement sur sa tête; les fleurs, l’onde, les oiseaux, tout prit une voix pour lui parler d’amour.
L’ursuline se leva et porta la main à son front.—Le charme opère, pensa le diable; avant une heure elle est à moi.—La nonne était retombée comme affaissée sur le banc de gazon.
—Ouf! fit-elle après un moment de repos: il fait trop chaud ici, passons au réfectoire.—Dans toute la magie de Satan, elle n’avait éprouvé que la sensation de quelques degrés de plus de chaleur. Le diable était furieux.
Il ne voulut pas en avoir le démenti.
Le soir, il s’introduisit dans la cellule de la religieuse sous la couverture jaune d’un roman à la mode; il se déguisa en in-octavo et s’étendit tout grand ouvert sur le prie-Dieu. Il avait choisi la page la plus échevelée de l’ouvrage, une scène d’amour pantelante, rutilante, ébouriffante. De tout temps ces grands morceaux de rhétorique ont troublé toutes les imaginations et fait l’affaire de messire Satanas.
La jeune fille prit le livre, lut la page marquée, ouvrit les bras d’un air nonchalant, bâilla et s’endormit sur sa couchette.
Pour le coup, le diable était outré.
Il ne restait plus qu’à essayer des songes. Il les convoqua tous, il leur donna ses instructions, et il voulut lui-même les voir à l’œuvre. Il se pencha sur le lit de la jeune fille: les songes vinrent chacun à leur tour se poser sur son cœur; rien n’indiqua qu’elle en fût le moins du monde troublée. Son sommeil était paisible, son teint égal, son pouls régulier comme de coutume. Il paraît même que vers le milieu de la nuit elle se mit à ronfler.