—Pauvre garçon! fit-il, comme s’il se parlait à lui-même; il se croit encore à l’ancienne cour, au temps où l’on vivait de madrigaux et de bouquets à Chloris, où l’on faisait des stances sur la mort du griffon de la petite baronne, et où l’on soupirait une élégie sur la perruque envolée de madame la surintendante. Jolie manière de faire l’amour!

En écoutant cette apostrophe, le marquis ne put se contenir.

—Il vous sied bien de parler d’amour, s’écria-t-il, à vous qui n’avez fait la cour qu’à des bourgeoises des petites villes où vous avez été en garnison! Vous vous moquez des petits soins et des petits vers, parce que vous n’avez jamais pu comprendre leur charme, reître, draban, pandour que vous êtes!

Le colonel s’échauffa.

—Une belle doit se prendre d’assaut comme une citadelle.

—Il n’y a que les attentions délicates qui séduisent la beauté.

—Un front couronné de lauriers n’a qu’à se montrer pour subjuguer les plus rebelles.

—C’est avec une ceinture de myrte qu’on enlace les amours.

Si un troisième interlocuteur se fût trouvé là, il aurait pu mettre d’accord les parties belligérantes, en leur faisant voir que le myrte et le laurier se marient admirablement, qu’ils ne vont guère l’un sans l’autre, qu’il est aussi rare de voir un brave insensible aux charmes de la beauté, qu’un sectateur de Vénus ennemi de Bellone, mais le colonel et le marquis se trouvaient seuls; de plus, le baromètre était depuis huit jours au variable, les rhumatismes rendaient les deux adversaires encore plus intraitables. Le colonel proposa un duel au marquis.

—Sortons! répondit-il aussitôt.