—Mais enfin, comment avez-vous eu cette tulipe?

—Voilà la chose... Je n’ai pas tout à fait imité Gygès, quoique mon ami ne se soit pas montré plus délicat que Candaule, mais cependant j’ai fait un crime: j’ai fait voler un caïeu.—Candaule a un neveu... Ce neveu, qui attend tout de son oncle, lequel est fort riche, l’aide à planter et à déplanter ses tulipes, et affecte pour ces plantes une admiration qu’il n’a pas, le malheureux! mais sans laquelle son oncle ne supporterait même pas sa présence.—L’oncle est riche, mais il n’est pas d’avis que les jeunes gens aient beaucoup d’argent... Le neveu avait contracté une dette qui le tourmentait beaucoup... Son créancier menaçait de faire sa déclaration à son oncle.—Il s’adressa à moi et me supplia de le tirer d’embarras.—Je fus cruel, Monsieur, je refusai net.—Je me plus à lui exagérer la colère où serait son oncle quand il aurait appris l’incartade. Je le désespérai bien,—puis je lui dis: Cependant, si tu veux, je te donnerai l’argent dont tu as besoin.

—Oh! s’écria-t-il, vous me sauvez la vie.

—Oui, mais à une condition.

—A mille, si vous voulez.

—Non, une seule:—tu me donneras un caïeu de la... tulipe en question.

Il recula d’horreur à cette proposition.

—Mon oncle me chassera, s’écria-t-il,—me chassera et me déshéritera!

—Oui, mais il ne le saura pas,—tandis qu’il saura certainement que tu as fait des dettes.

—Mais s’il le savait jamais!