Je suis née dans un verger, de parents honnêtes; mais... Ici, un violent accès de toux lui coupa la parole.
—Ne faites pas attention, reprit-elle en coupant chacun de ses mots; malgré le mauvais temps, j’ai voulu me montrer avec une robe blanche un dimanche d’avril dernier, et j’ai pris un catarrhe. Elle voulut continuer, mais à chaque instant une toux de plus en plus opiniâtre l’arrêtait.
—Reposez-vous, lui dit le Cactus: vous êtes frileuse de votre nature, et malheureusement pour vous, aussi coquette que frileuse. Nous devinons votre histoire sans qu’il soit besoin que vous la racontiez. Ne faites pas d’efforts inutiles qui aggraveraient encore votre mal. Vous étiez jeune, l’hiver vous avait claquemurée dans votre cellule; vous étiez impatiente de vous faire voir avec votre beau déshabillé neuf, qui vous rendait si jolie; mais une robe blanche ne fait pas le printemps. Heureusement il y a, dans l’endroit où nous retournons, des espaliers bien chauds, qui vous permettront d’endosser au printemps vos gazes les plus légères sans craindre les giboulées. Il s’agit seulement de trouver notre chemin.
—C’est cela! répétèrent en chœur toutes les Fleurs: retrouvons notre chemin.
L’OISEAU BLEU
Cela était plus facile à dire qu’à exécuter. Trois voies s’ouvraient devant les pauvres Fleurs égarées: laquelle choisir? La solitude régnait autour d’elles; pour comble de malheur, le soleil s’abaissait derrière les arbres, et la nuit vient vite dans une forêt. Nos voyageuses se lamentaient de plus belle, lorsque tout à coup elles virent un bel oiseau qui vint se poser sur un arbre voisin du lieu où elles s’étaient assises.
Son bec était d’or, ses yeux d’émeraude, ses ailes de turquoise. Il les agita trois fois en regardant les fleurs.
—C’est lui! s’écrièrent-elles à la fois, c’est l’Oiseau bleu, notre ami! Bel Oiseau bleu, nous reconnais-tu?
L’Oiseau inclina doucement et gracieusement la tête comme pour dire: Oui.
—Sommes-nous encore bien loin du jardin de la Fée, de notre doux pays?