Il faut que vous sachiez que les esprits vraiment philosophiques de ce temps-ci ne considèrent plus depuis longtemps le prétendu langage des Fleurs que comme une puérilité, une faribole, une véritable mystification. Les grandes intelligences, dont je fais partie, se sont élevées à la seule conception qui puisse rendre un compte exact de la signification morale des Fleurs: cette conception, c’est l’analogie universelle.
La nature, Monsieur, a créé dans certains animaux et végétaux des images de nos passions. La vipère représente la calomnie, le chien, la fidélité; le gui est l’emblème du parasite. Ce sont ces rapports symboliques qui établissent l’état d’analogie entre l’homme et la création. Pour ne parler que des plantes, chacune d’elles est un miroir fidèle de nos sentiments et de nos passions. Un parterre est un musée où revivent en tableaux fleuris et animés nos vices et nos vertus.
La science qui doit expliquer ces ressemblances, c’est l’analogie ou physiologie comparée. Les anciens avaient entrevu cette méthode. Chaque chose inanimée, les fleurs surtout, renfermait une allusion aux choses animées. Mais les anciens méconnurent la réalité pour s’égarer dans le monde des fictions; ils furent poètes, mais non analogistes ou psychologues.
Vous avez suivi pas à pas les traces des anciens; aussi vous êtes non-seulement resté en arrière des notions nouvelles, mais encore vous avez commis des erreurs énormes, faute de recourir aux principes de l’analogie universelle.
Permettez-moi, Monsieur, de recourir à quelques exemples:
Je lis dans votre prétendu langage des Fleurs que la fleur d’oranger représente le mariage. Cela s’écrit et se débite depuis des siècles: une jeune fille ne se croirait pas bien et dûment mariée si, le jour de ses noces, elle ne portait pas une couronne d’oranger sur la tête. Je n’ignore point cela, mais quels rapports existe-t-il entre cette fleur et le mariage? On pourra faire à ce sujet, ainsi que vous l’avez tenté, beaucoup de poésie, mais voilà tout. La poésie ne donnera pas la clef de ce mystère. Recourez à l’analogie, vous trouverez tout de suite la plante qui symbolise le mariage.
Vous avez sans doute été frappé plus d’une fois de l’aspect lugubre que présente le grand iris tacheté de noir. Il montre orgueilleusement ses couleurs sombres, alliant à la fois la richesse à l’uniformité. N’est-ce pas là l’emblème de ces unions princières qui se concluent au milieu de la pompe, et qui se consument plus tard dans la monotonie de l’ennui? L’iris bleu, l’iris jaune, l’iris papillon, représentent au contraire les mariages heureux.
Deux corolles paraissent alternativement sur l’iris. La seconde ne paraît que lorsque la première est flétrie. C’est l’image du lien qui unit quelquefois un vieillard à une jeune fille: l’âge du bonheur commence pour l’une, et finit pour l’autre.
Le réceptacle d’étamines a la forme de chenille, en souvenir des calculs sordides qui président trop souvent au mariage. La feuille de l’iris commun est écrasée, en signe de la misère qui frappe les petits ménages; elle se termine par une pointe desséchée, comme pour montrer le résultat stérile des efforts de la pauvreté.
Vous voyez, Monsieur, par quelles puissantes raisons d’analogie la fleur du mariage doit être l’iris, et non pas l’oranger. Mais je continue l’examen détaillé de vos sophismes: