J’ai vu passer ce matin une jeune fille; elle s’est arrêtée pour me regarder; moi, je la trouvais belle, et je lui souriais!

Elle passait sur mes feuilles sa main caressante; mes feuilles frissonnaient de bonheur. Tout à coup une douleur aiguë m’a fait tressaillir jusqu’au fond de ma corolle, je me suis inclinée sur ma tige à demi brisée.

Pourquoi ne m’as-tu pas cueillie tout de suite, jeune fille? Déjà je ne souffrirais plus, je reposerais doucement ensevelie dans ton sein virginal.

Mon sang coule lentement de ma blessure, un froid mortel fait pâlir mes feuilles, ma corolle se resserre; j’entends à peine le doux bourdonnement de la brise dans le feuillage. Les oiseaux ne chantent-ils plus? Le soleil s’est-il caché? Mes sœurs, mes sœurs, est-ce déjà la nuit?

Non, c’est la mort qui me couvre de son ombre. Je ne verrai pas les étoiles brillantes, je n’ouvrirai pas ma corolle, écrin parfumé, pour enfermer les diamants de la rosée. Ma dépouille jonchera bientôt la terre, et mon âme montera vers le ciel en laissant une trace parfumée.

Mon spectre t’apparaîtra, jeune fille; il te reprochera ton insouciance et ta cruauté. Le remords me vengera... Mais non, je te pardonne; puisses-tu ne pas apprendre à ton tour ce que souffre une fleur blessée!

LES COURONNES
ET
LES GUIRLANDES