Un jeune Ver luisant habitait une touffe d’herbe à ses pieds, et chaque soir il essayait de grimper sur la tige de la fleur, afin de sortir de l’obscurité, et de se récréer à la vue de son reflet jouant dans l’eau tranquille.
Le malicieux Katong-ging secouait sa tige dès qu’il voyait le Ver luisant parvenir presque au terme de sa course, et l’infortuné retombait dans l’herbe. Trois ou quatre fois il recommençait son ascension, toujours même manége de la part de la Fleur.
Ce jour-là le Katong-ging appela le Ver luisant, et lui dit de grimper et de se cacher sous ses feuilles; en même temps il s’inclina pour faciliter l’ascension.
—Que cette fleur est bonne fille! pensa le Ver luisant en s’enroulant commodément autour de sa corolle; maintenant, la nuit peut venir, je me verrai dans l’eau.
La nuit vint, et la Demoiselle aussi; elle se posa sur le Katong-ging, et, fatiguée de ses insomnies précédentes, elle s’endormit. Le Ver luisant attendait avec impatience que la lune fût couchée, et ne voyait qu’un glacis d’argent sur l’eau.
L’obscurité remplaça le clair de lune. Aussitôt le Ver luisant de briller, et les chauves-souris d’accourir. Le malheureux fut noyé, ainsi que la Demoiselle dont il avait signalé la présence. Le Katong-ging, l’hypocrite Katong-ging, heureux du mauvais tour qu’il venait de jouer, poussa un petit éclat de rire. La Fée aux Fleurs, qui savait tout ce qui s’était passé, se sentit tellement indignée qu’elle changea la Fleur en scorpion.