LA TUBÉREUSE
ET
LA JONQUILLE

La Jonquille et la Tubéreuse causaient ensemble de bonne amitié. La Jonquille s’était appuyée au rebord d’une fenêtre, la Tubéreuse assise sur un banc de gazon. Une vigne tapissait le mur et s’arrondissait sur la tête des deux Fleurs. Un Ramier chéri, élevé par la Tubéreuse, se trouvait partager cet entretien.

—L’autre jour, disait la Jonquille, mon maître, en me montrant à un de ses amis, s’est écrié: Voyez cette jolie fleur! c’est le Désir.—Moi, répondit la Tubéreuse, je suis la Volupté.—J’aime bien mieux être le Désir.—Cela vous plaît à dire, mais tout le monde n’est pas de votre avis.—Vous ne venez qu’après moi.—Mais je vous fais oublier.—Sans moi vous n’existeriez pas: je vous fais naître.—Moi, je vous ressuscite.

La conversation, comme on le voit, avait pris une tournure assez métaphysique. Le champ était vaste, et les deux Fleurs pouvaient disputer longtemps avec des avantages égaux. Entre le Désir et la Volupté, entre la Jonquille et la Tubéreuse, ce n’est pas nous qui oserons décider. Heureusement, le Ramier n’éprouvait pas les mêmes scrupules.

—Tout beau, mesdames, ne vous échauffez pas, dit-il, je vais juger le différend.—Vous! s’écrièrent dédaigneusement les deux interlocutrices.—Moi-même, répondit le Ramier; je ne manque pas d’expérience, malgré mon air simple, et j’ai longtemps réfléchi sur l’essence des choses. Vous allez voir.—Voyons.