Les onze classes de dicotylédones sont établies sur l’absence, la présence de la corolle, et sur le nombre de ses pièces: d’où sont résultées les dicotylédones apétales, formant trois classes, d’après le mode d’insertion des étamines; les dicotylédones monopétales, formant quatre classes, suivant que la corolle staminifère est hypogyne, périgyne, épigyne à anthères soudées, épigyne à anthères libres; les dicotylédones polypétales, divisées en trois classes également, d’après leur mode d’insertion. Enfin, la quinzième classe, diclinie, est composée de plantes diclines, c’est-à-dire irrégulières.
Mon Dieu! nous savons que cela est peu plaisant, mais nous espérons l’avoir rendu clair, et c’est en vérité tout ce qu’il est humainement possible de faire en pareille matière. Qu’on n’oublie pas, de grâce, qu’il n’est point de plaisir, même parmi les plus petits, qui ne coûte une peine, et que les mots les plus rudes s’adoucissent sur de jolies lèvres. Et puis, nous voici tout à l’heure hors de ces ronces; nous allons visiter ces nombreuses familles, et là nous attendent les anecdotes de toute nature, les révélations, les épisodes gais ou terribles, etc.
PREMIÈRE CLASSE
ACOTYLÉDONIE
La famille des algues, la première de cette classe, est placée sur la dernière limite du règne végétal. Ce sont d’abord les conferves, ces filaments verdâtres que l’on voit sur les mares, les eaux stagnantes en général. Ces filaments, qui semblent au premier aspect une sorte de limon flottant, sont pourtant doués de certains mouvements spontanés; ils s’entrelacent et se rapprochent intimement à certaines époques. Puis viennent les fucus ou varechs, qui peuplent les eaux de la mer, et parmi lesquels on remarque d’abord le fucus sacré, qui se couvre d’efflorescences blanches et sucrées, que les Irlandais mangent avec un grand plaisir après les avoir soumises au feu. Mais le genre le plus remarquable de cette famille est le fucus géant et nageant, immense lanière dont la longueur est souvent de plusieurs centaines de pieds, et qui, sur les mers équatoriales, arrête quelquefois les vaisseaux. C’est ce qui arriva à Christophe Colomb, marchant à la découverte d’un nouveau monde. Déjà ses compagnons épouvantés faisaient entendre des menaces et voulaient obliger leur chef à revenir en Europe, Colomb insiste pour aller en avant; il demande quelques jours, promettant qu’on ne peut tarder à voir la terre qu’il cherche, parce que son génie l’a devinée. Tout à coup, les caravelles s’arrêtent au milieu de l’Océan; la sédition va éclater. De toutes parts, on n’aperçoit qu’une vaste forêt flottante. Mais enfin, le vent qui était tombé s’élève; les caravelles glissent à travers ces algues immenses; le nouveau monde est découvert!
Après les algues viennent les champignons, qui n’ont guère de ressemblance avec les familles dont ils sont environnés, mais dont la place est marquée par les caractères négatifs communs à toute cette classe. Cette famille, qui n’a ni feuilles, ni fleurs, ni aucun organe qui y ressemble, présente à la fois des mets délicats et des poisons terribles: à côté de la truffe parfumée, de la morille, de l’excellent champignon comestible, croissent les espèces les plus vénéneuses!
Dans la famille des champignons sont comprises ces moisissures, ces sortes de duvets poudreux, cotonneux, que l’humidité fait naître sur le vieux bois et les végétaux à demi pourris dont ils hâtent la destruction. Cette famille nombreuse présente quelques genres d’un aspect agréable, comme l’oronge, dont le globe, d’un rouge éclatant, tranche sur les tapis de verdure. Mais quand on pense au venin mortel que renferment quelques espèces, la beauté des autres disparaît: qu’importe l’enveloppe, quand le cœur ne recèle que fiel et corruption!
Nous remarquerons encore dans cette classe les lichens, qui naissent partout où l’on pourrait croire la végétation impossible, sur la tête nue des rochers, sur le sommet des monuments, la surface polie des pierres. D’abord, les lichens apparaissent chétifs, souffreteux; mais ce sont de pauvres enfants qui vivent de si peu qu’ils grandissent partout. A force de persévérance, ils creusent la pierre, s’y font une demeure; les générations se succèdent, et la végétation devient vigoureuse là où elle semblait ne pouvoir s’établir. Le lichen est l’aliment du renne, qui lui-même est la seule ressource du Lapon. Le lichen d’Islande se transforme, par la cuisson, en une gelée abondante qui est la nourriture principale de plusieurs peuplades de l’Amérique du Nord; d’une autre espèce, commune en Suède, on tire une sorte de cire dont on fait des bougies, et plusieurs autres contiennent des principes colorants d’un assez grand prix: tant il est vrai qu’il ne faut pas dédaigner le faible, et que dans l’ordre des choses la place qu’occupent les infiniment petits est presque toujours la plus légitimement conquise!
La famille des mousses est la plus élégante, la plus jolie de cette classe. Les mousses sont de charmants petits arbres en miniature qu’on ne peut se lasser d’admirer; les tapis qu’elles forment à l’ombre des forêts rivalisent d’éclat avec les plus beaux velours; et non-seulement elles sont vivaces pour la plupart, mais elles possèdent la singulière propriété de reverdir et de revivre lorsqu’on les humecte, même après qu’elles ont été desséchées depuis plusieurs années. Cette famille contient un grand nombre de genres. Les plus remarquables sont les polytrichs, dont le Lapon, à l’exemple de l’ours, se fait un lit fort doux; les bries, les hypnes, les phasques, dont on se sert pour le calfat des bateaux.
Nous ne dirons rien des hépatiques, petites plantes herbacées qui naissent dans les lieux humides, non plus que des cycadées, petite famille qui tient le milieu entre les palmiers et les fougères, et qu’on ne trouve que dans l’Inde et au Japon; nous passerons également sur les rizospermes, petite plante aquatique à laquelle on ne connaît aucune propriété.
Quant aux fougères, dont les espèces sont assez nombreuses, c’est dans leurs cendres que l’on a su trouver un produit intéressant: elles contiennent abondamment de la potasse qu’on en extrait pour la fabrication du verre, et c’est en faisant allusion à l’origine de cette potasse, que les poètes ont célébré le vin qui rit dans la fougère.