—Je conviens que notre position est triste, mon cher Louis; mais enfin on sait que nous avons un abri et quelques provisions.
—Mais on sait aussi que cela peut nous manquer; que vous êtes âgé et infirme, et que je n'ai pas encore les forces d'un homme: on doit avoir pitié de nous.
—On aura fait quelques tentatives, et l'on aura trouvé l'exécution trop difficile.
—Cependant, lorsqu'il faut ouvrir la grande route, encombrée par la neige, et faire dans toute sa longueur un large chemin aux voitures, on en vient à bout, et cela se voit presque tous les hivers.
—Mais c'est le gouvernement qui ordonne ces travaux pour le service public, et cela coûte beaucoup d'argent.
—Quoi donc? Ce qu'on fait pour la commodité des voyageurs, on ne le ferait pas pour sauver deux malheureux en danger de la vie? Je trouverais cela bien cruel.
—Le gouvernement ignore sans doute que nous sommes ici.
—Mon père n'aura pas manqué de faire du bruit, et d'appeler tout le monde à notre secours.
Voilà ce que nous disions l'un et l'autre, et grand-papa ayant fait silence, j'ai ajouté, en lui prenant les mains:
—Ne me cachez rien, je vous en prie. N'est-il pas vrai que vous êtes inquiet comme moi? Parlez-moi franchement. Depuis que je sais me résigner à la volonté de Dieu, je ne suis plus indigne de votre confiance: faites-moi part de vos suppositions, et ne me laissez pas plus longtemps livré aux miennes. J'aime mieux entrevoir plus clairement mon malheur, et savoir là-dessus tout ce que vous pensez.