Nous fûmes bientôt prêts à partir. Nous montâmes lentement, tantôt en suivant des gorges étroites, tantôt en côtoyant des précipices profonds. A un quart de lieue du chalet, je m'approchai par curiosité d'une pente escarpée; et mon grand-père, qui m'avait déjà dit plus d'une fois que cela lui donnait de l'inquiétude, s'avança rapidement pour me prendre la main; une pierre lui roula sous le pied, et il se donna une entorse qui lui causa une douleur très-vive; mais, au bout de quelques moments, il put marcher, et nous espérâmes que cela se passerait ainsi. En s'aidant de son bâton de houx et en s'appuyant sur mon épaule, il se traîna jusqu'ici.
Mon père fut bien surpris de nous voir. Il était occupé à faire des préparatifs pour le départ, en sorte que, si nous l'avions attendu tranquillement au village un jour de plus, il serait venu lui-même nous tirer d'inquiétude.
—C'est vous, mon père! dit-il, en s'avançant pour le soutenir. Vous avez cru qu'il m'était arrivé un accident?
—Oui, nous venons savoir ce qui t'arrête, quand tous les voisins sont descendus.
—Quelques-unes de nos vaches étaient malades; mais les voilà guéries. J'envoie Pierre ce soir même avec le reste de nos fromages; je descendrai demain avec le troupeau.
—Es-tu bien fatigué, Louis? me dit mon grand-père.
Le ton dont il me fit cette question m'annonçait quelque intention secrète, et je ne répondis pas d'une manière bien claire.
—Je pensais, ajouta mon grand-père, qu'il serait prudent de renvoyer l'enfant avec Pierre; le vent a changé depuis une demi-heure, et nous amènera peut-être du mauvais temps cette nuit.
Mon père exprima la même crainte et m'engageait à suivre ce conseil.
—Si tu veux, me dit grand-papa, je ferai un effort, et je descendrai avec toi; quelques moments de repos me suffiront.