C'était au livre IV, le commencement du chapitre IX: "Seigneur, tout ce que le ciel et la terre renferment vous appartient. Je veux m'offrir à vous en oblation volontaire et demeurer éternellement avec vous." Jusqu'à ces mots: "Je vous offre aussi tout le bien qui est en moi, quoiqu'il soit bien faible et bien imparfait, afin qu'il vous plaise de le réformer et de le sanctifier, de l'avoir pour agréable et de le perfectionner de plus en plus, et de me conduire à une bonne et heureuse fin, quoique je sois paresseux, inutile et le moindre des hommes."

Quand je fus arrivé à cet endroit, il m'interrompit, me fit approcher, prit mes mains dans les siennes, et fit une prière dont je vais recueillir fidèlement tout ce que j'ai pu retenir.

"Seigneur, au moment où je vais comparaître devant vous, je ne devrais être occupé que de mon salut, et trembler dans l'attente de vos jugements: pardonnez-moi de ne pouvoir écarter de ma pensée un autre sujet d'inquiétude! Vous me rappelez à vous, et je vais laisser dans la solitude ce cher enfant! Après l'avoir séparé de son père, je vais moi-même l'abandonner!

"Je tremble à l'idée de ce qu'il va souffrir; je crains surtout que sa foi ne faiblisse, et qu'il ne manque de confiance en vous. Vous m'entendez, Seigneur: exaucez-moi! Qu'en ce point mon exemple lui profite, et que, me voyant mourir en paix, il apprenne à vivre comme je vais mourir!

"Hélas! j'avais souhaité de redescendre avec lui de la montagne, et de revoir nos forêts et nos vergers; vous ne l'avez pas permis; mais vous permettrez que mon petit-fils les revoie. Inspirez-lui pour cela la fermeté et la prudence nécessaires! Qu'il soit après ma mort ce qu'il fut pendant ma vie, attentif, persévérant, courageux! Que son père, que nos amis, n'aient pas à me reprocher de l'avoir perdu, en l'amenant ici!

"S'il doit leur être rendu, je bénis mon sort; car, je le sens, l'épreuve à laquelle vous l'avez exposé par mon entremise lui sera salutaire; il n'oubliera jamais les impressions qu'il a reçues dans cette demeure.

"Pardonnez-moi, Seigneur, de m'occuper si longtemps de lui; c'est votre gloire encore que je cherche au milieu de ces tribulations, et je suis plus inquiet du salut éternel de mon cher Louis que des dangers qui pourront menacer sa vie."

Telles furent à peu près ses paroles. Il les prononça lentement, d'une voix faible, et à des intervalles assez longs; puis il me fit réciter les prières que je savais par cœur; il retrouvait lui-même par moments, dans sa mémoire, des passages de la Bible et des paroles du Sauveur, et les répétait avec une ferveur et une résignation qui me faisaient fondre en larmes.

J'ajouterai une circonstance bien peu importante, mais qui augmenta encore mon attendrissement: Blanchette, surprise peut-être de voir briller la lumière à une heure inaccoutumée, se mit à bêler opiniâtrément.

—Pauvre Blanchette! dit le mourant; il faut que je la caresse encore une fois. Va la délier, mon enfant, et amène-la auprès du lit.