Le 1er Février.
Hier le lait n'a pas diminué, mais cela m'a coûté trop cher; j'avais donné à la chèvre triple mesure de sel; elle avait bu davantage: je l'ai connu à la traire. Malheureusement il me serait impossible de continuer ainsi, car, si je dois tuer ma pauvre Blanchette, le sel me sera nécessaire. Tuer Blanchette!...
Aujourd'hui j'ai été plus économe de sel, aussi la quantité de lait s'est-elle trouvée bien moins considérable.
Le 2 Février.
J'avais ouï dire que les poules trop grasses et trop bien nourries faisaient moins d'œufs, et j'ai imaginé ce matin réduire la quantité de foin que je donne à Blanchette, jugeant que peut-être j'obtiendrais un effet semblable. J'ai bien mal réussi. Moins bien nourrie, elle m'a donné encore moins de lait que la veille. J'ai eu de plus le chagrin de l'entendre bêler tristement la moitié du jour.
Le 3 Février.
J'ai fait une nouvelle expérience, aussi inutile que celle d'hier: j'ai voulu forcer Blanchette à manger de la paille en place de foin, imaginant que peut-être ce changement de régime amènerait un changement dans les effets de la nourriture. La chèvre ne s'est décidée que très-difficilement à ce que je voulais, et, soit dépit, soit souffrance, elle m'a donné à peine quelques gouttes de lait.
Le 4 Février.
Je ne la tourmenterai plus; si je dois la tuer, je lui rendrai l'existence agréable jusqu'au dernier moment. Aujourd'hui elle a été abondamment repue: aussi a-t-elle été meilleure nourrice. Mais je n'espère pas que cela continue; je laisserai agir la nature. Après avoir fait tout mon possible pour éviter ce malheur, je tâcherai de m'y soumettre.