J'ai fait de nouvelles recherches dans toute la maison, j'ai fouillé la terre dans plusieurs endroits, pour découvrir, s'il était possible, quelques provisions cachées: je n'ai réussi, par ce violent exercice, qu'à exciter chez moi la faim. L'idée que je ne pourrai bientôt plus la satisfaire, la rend, je crois, de jour en jour plus exigeante.

Je me suis dit: "Après quelque temps de repos, peut-être le lait de Blanchette sera-t-il revenu." L'apparence n'était guère favorable à cette supposition: la mamelle, si gonflée et si pleine, il y a quelque temps, s'est peu à peu réduite; cependant j'ai fait une tentative pour en tirer quelques gouttes de lait: peine inutile!

Le 17 Février.

Le froid est devenu tellement vif depuis hier au soir, que j'ai besoin d'un feu continuel. Certes, avec cette température, je ne craindrais pas de serrer, sans autre précaution, la chair de ma pauvre victime à l'écurie, où il gèle très-fort; mais le temps peut se radoucir. Il faut donc que je me décide sans retard; il ne me reste plus que la provision de sel nécessaire à mon office de boucher!

Le 18 Février.

Le froid est violent; il m'a rappelé le souvenir des loups. Rien ne les empêche maintenant de parcourir la montagne. Mon Dieu, dans la triste position où je suis, c'est la seule fin que je redoute. Si vous permettiez aujourd'hui qu'une avalanche vînt m'engloutir, je recevrais la mort comme une délivrance.

Le 20 Février.

J'ai pris une grande résolution! Je quitterai demain le chalet. Avant de risquer ma vie, je veux écrire dans mon journal, que je laisserai sur cette table, comment je me suis décidé à prendre ce parti.

Hier matin les bêlements de Blanchette m'ont tiré d'un rêve affreux. Je me voyais, les mains ensanglantées, dépeçant les membres palpitants de ce pauvre animal; la tête gisait devant moi, et j'entendais cependant sortir de son gosier des bêlements douloureux. C'étaient ceux qui frappaient réellement mes oreilles. Je me suis réveillé, les joues toutes mouillées de pleurs. Quel plaisir de revoir Blanchette encore vivante! J'ai couru auprès d'elle: elle était plus caressante que jamais.... Ma joie n'a pas été de longue durée; j'ai réfléchi que mes vivres seraient épuisés dans deux jours: il fallait me résoudre. J'ai pris un couteau, et je me suis occupé à l'affiler sur le foyer. J'étais au désespoir; il me semblait que j'allais commettre un assassinat, et, après m'être avancé en chancelant pour frapper Blanchette, je me suis arrêté, saisi de remords.