Je suis auprès de lui. Il vient de relire mon journal, que je n'ai pas eu besoin de laisser dans le chalet, et il me presse d'écrire la conclusion. Le trouble où je suis encore, après une semaine de bonheur, ne me laissera pas les moyens de raconter avec beaucoup d'ordre la dernière scène de ma captivité. Les choses se sont passées bien autrement que je ne m'y attendais.
Le 21 février, le froid me parut encore plus rigoureux: je résolus donc de ne pas perdre un instant. Il fallait ouvrir un passage suffisant pour le traîneau; mais je pouvais rejeter la neige dans le chalet, et cela me rendait le travail plus facile; je l'entrepris sur-le-champ, et m'y livrai avec tant d'ardeur, qu'enfin je me fatiguai. Je fus obligé de m'arrêter un instant. J'allumai du feu.
A peine la fumée venait-elle de s'élever, que j'entendis un grand bruit au dehors; ma première pensée fut, que les loups m'avaient aperçu, et qu'ils allaient me dévorer: je fermai vivement la porte. Ma frayeur ne dura pas longtemps; je m'entendis bientôt appeler distinctement par mon nom, et je crus même reconnaître la voix. Je répondis de toutes mes forces.
Des cris de joie me prouvèrent que j'avais été entendu.
Aussitôt il se fit, du côté de la porte, un bruit confus de voix, comme de gens qui s'animaient au travail. Au bout de quelques minutes, une ouverture assez large achevait l'ouvrage que j'avais commencé.
Mon père attendit à peine que le passage fût praticable; il s'élança dans le chalet, en poussant un cri. J'étais dans ses bras.
—Et ton grand-père? me dit-il.
J'étais trop saisi pour lui répondre. Je le conduisis dans la laiterie. Il se jeta à genoux sur la tombe; j'en fis autant, et comme j'essayais de lui raconter avec détail ce qui s'était passé, il vit, à mon émotion, que cette tentative était au-dessus de mes forces.
—Plus tard, mon enfant, me dit-il. Ne nous exposons pas à un nouveau malheur. Le temps nous presse; le retour ne sera pas facile.
Les hommes qui l'accompagnaient étaient entrés. C'étaient mes deux oncles, et Pierre, notre valet.