Il s'arrêta, pensant qu'il retombait dans les redites du restaurant, mais Jeanne rompit les lieux communs, en riant comme une folle.

—Tiens, dit-elle, j'ai oublié ton livre.

Il eut un geste qui signifiait le peu d'importance qu'il attachait à ce livre.

Elle reprit: oh! je l'ai chez moi! je te l'apporterai, la première fois… si je te revois, ajouta-t-elle en hésitant.

—Comment si tu me revois?

Ils abordaient enfin le but autour duquel ils gravitaient depuis des heures.—Alors Jeanne, harcelée de questions par André, raconta qu'elle était heureuse, qu'elle ne manquait de rien, que, du reste, elle avait toujours travaillé depuis leur rupture.

—Mais tu as un amant? dit André, un peu anxieux.

Elle avoua posséder un amant, mais il n'était pas à Paris, il faisait son volontariat dans une ville de l'Est.—Tu sais, il m'envoie tout de même mon argent, dit-elle.

André pensa que ce monsieur était bien jeune, mais il garda cette réflexion pour lui. Il songeait à la sottise de Cyprien, maintenant. S'était-il assez trompé! Elle n'avait pas besoin d'argent!—Il oublia que lui-même avait cru à un retour intéressé de Jeanne, et il s'imagina que ses premières suppositions étaient les mêmes que celles qui l'assaillaient maintenant: un retour simplement motivé par le désir d'avoir un amant qui vous contenterait les besoins de la chair et vous sortirait.

Tandis qu'il marmottait, le nez baissé, Jeanne sautillait à son bras, montrant sous son voile à pois, des lueurs de dents, des battements de cils, des éclairs d'yeux. Elle s'enquerrait, à son tour, de ce qu'il était devenu depuis cinq ans.—J'avais peur de t'écrire, dame tu comprends, tu pouvais être marié, je n'aurais pas voulu que tu aies des ennuis à cause de moi.—C'est pour cela que j'ai chargé Émilie d'écrire à M. Jules.