— Même lorsqu’ils sont ensemble au réfectoire ?
— On lit alors les conférences de Cassien, l’Échelle sainte de Climaque, les vies des Pères du Désert, ou quelque autre volume pieux.
— Et le dimanche ?
— Le dimanche, on se lève une heure plus tôt ; mais c’est en effet leur bon jour, car ils peuvent suivre tous les offices, passer tout leur temps dans l’église !
— L’humilité, l’abnégation, exacerbées jusqu’à ce point, sont surhumaines ! s’écria Durtal. — Mais, pour qu’ils puissent se livrer, du matin au soir, aux travaux éreintants des champs, encore faut-il qu’on leur accorde, en quantité suffisante, une nourriture assez forte.
M. Bruno sourit.
— Ils consomment tout bonnement des légumes qui ne valent même pas ceux qu’on nous sert et, en guise de vin, ils se désaltèrent avec une boisson aigre et douceâtre qui dépose une moitié de lie par verre. Ils en ont la valeur d’une hémine ou d’une pinte, mais ils peuvent l’allonger avec de l’eau, s’ils ont soif.
— Et ils font combien de repas ?
— Cela dépend. — Du 14 Septembre au Carême ils ne mangent qu’une fois par jour, à 2 heures 1/2 — et, durant le Carême, ce repas est reculé jusqu’à 4 heures. De Pâques au 14 Septembre où le jeûne Cistercien est moins rigide, le dîner a lieu vers 11 heures 1/2 et l’on peut y ajouter le mixte, c’est-à-dire une légère collation le soir.
— C’est effrayant ! travailler et, pendant des mois, ne s’alimenter qu’à deux heures de l’après-midi, alors qu’on est debout depuis deux heures du matin et que l’on n’a pas dîné la veille !