Mais, voyons, le prieur m’a commandé d’en débiter une dizaine, tous les jours, une dizaine de grains ou une dizaine de chapelets ?
De grains, se répondit-il — et presque aussitôt il se répliqua : de chapelets.
Il demeura perplexe.
— Mais c’est idiot, il n’a pu m’ordonner de défiler dix chapelets par jour ; cela ferait quelque chose comme cinq cents oraisons, à la suite ; personne ne pourrait, sans dérailler, parfaire une semblable tâche ; il n’y a donc pas à hésiter, il s’agit de dix grains, c’est clair !
— Eh non ! car enfin si le confesseur vous impose une pénitence, on doit admettre qu’il la proportionne à la grandeur des fautes qu’elle répare. Puis, j’avais une répugnance pour ces gouttes de dévotion mises en globules, il est donc naturel qu’il m’ingurgite le rosaire, à haute dose !
Pourtant… pourtant… cela ne se peut ! je n’aurais même pas à Paris le temps matériel de l’ânonner ; c’est absurde !
Et l’idée qu’il se trompait revint, lancinante, à la charge.
Il n’y a pas à barguigner, cependant ; dans le langage ecclésiastique, une dizaine désigne dix grains ; sans doute… mais je me rappelle fort bien qu’après avoir prononcé le mot chapelet, le père s’est exprimé ainsi : vous direz une dizaine, ce qui signifie une dizaine de chapelets, car autrement il eût spécifié une dizaine… d’un chapelet.
Et il se riposta aussitôt : — le père n’avait pas à mettre les points sur les i, puisqu’il employait un terme convenu, connu de tous. Cet ergotage sur la valeur d’un mot est ridicule !
Il essaya de chasser cette tourmente en faisant vainement appel à sa raison ; et subitement, il se sortit un argument qui acheva de le détraquer.