— Mais je ne peux pas communier dans l’état où je suis…
— Eh bien, soyez debout, cette nuit, à trois heures ; j’irai vous chercher dans votre cellule et je vous emmènerai chez le P. Maximin qui nous confesse à cette heure.
Et sans attendre sa réponse, l’hôtelier lui serra la main et s’en fut.
— Il a raison, fit l’oblat, c’est le vrai remède.
Et quand il fut remonté dans sa chambre, Durtal pensa :
— Je comprends maintenant pourquoi l’abbé Gévresin tenait tant à me prêter saint Jean de la Croix ; il savait que j’entrerais dans la Nuit obscure ; il n’osait m’avertir nettement de peur de m’effrayer et il voulait cependant me mettre en garde contre le désespoir, m’aider par le souvenir ici de ces lectures. Seulement, comment a-t-il pu penser que, dans un pareil naufrage, je me rappellerais quelque chose !
Tout cela me fait songer que j’ai omis de lui écrire et qu’il faudra que, demain, je tienne ma promesse, en lui envoyant une lettre.
Et il repensa à ce saint Jean de la Croix, à ce Carme inouï, qui avait si placidement décrit cette terrifiante phase de la genèse mystique.
Il se rendait compte de la lucidité, de la puissance d’esprit de ce Saint, expliquant la vicissitude la plus obscure, la moins connue de l’âme, surprenant, suivant les opérations de Dieu qui maniait cette âme, la comprimait dans sa main, la pressait comme une éponge, puis la laissait se réimbiber, se regonfler de douleurs et la tordait encore et la faisait s’égoutter en des larmes de sang, pour l’épurer.