— Mon père, dit-il, c’est demain mardi ; le temps de ma retraite est écoulé et je vais partir ; comment dois-je m’y prendre pour commander une voiture à Saint-Landry ?
Le moine sourit.
— Je puis, quand le facteur apportera le courrier, le charger de cette commission ; mais, voyons, vous avez donc bien hâte de nous quitter ?
— Non, mais je ne voudrais pas abuser…
— Écoutez, puisque vous êtes si bien rompu à la vie des Trappes, restez-nous encore pendant deux jours. Le procureur doit se rendre, pour régler un différend, à Saint-Landry. Il vous conduira à la gare dans notre voiture. Cela vous évitera une dépense et le trajet d’ici au chemin de fer vous paraîtra, à deux, moins long.
Durtal accepta et comme il pleuvait, il remonta dans sa chambre. Elle est étrange, fit-il en s’asseyant, cette impossibilité où l’on se trouve, dans un cloître, de lire un livre ; l’on n’a envie de rien ; on pense à Dieu par soi-même et non par les volumes qui vous en parlent.
Machinalement, il avait tiré d’un tas de bouquins un in-dix-huit, qu’il avait rencontré, sur sa table, le jour où il s’était installé dans la cellule ; celui-là exhibait ce titre : « Manrèse » ou « les Exercices spirituels » d’Ignace de Loyola.
Il avait déjà parcouru cet ouvrage à Paris et les pages qu’il feuilletait à nouveau ne changeaient pas l’impression rêche, presque hostile, qu’il avait conservée de ce livre.
Le fait est que ces exercices ne laissaient aucune initiative à l’âme ; ils la considéraient ainsi qu’une pâte molle bonne à couler dans un moule ; ils ne lui montraient aucun horizon, aucun ciel. Au lieu d’essayer de l’étendre, de la grandir, ils la rapetissaient de parti pris, la rabattaient dans les cases de leur gaufrier, ne la nourrissaient que de minuties fanées, que de vétilles sèches.
Cette culture japonaise d’arbres contrefaits et demeurés nains, cette déformation chinoise d’enfants plantés dans des pots, horripilaient Durtal qui ferma le volume.