— Allons, je vois que vous la connaissez et que vous l’aimez ; et pourtant, cette église n’est pas située sur notre rive gauche, hors de laquelle il n’est point de sanctuaire qui vaille, m’avez-vous dit, un jour.

— Oui, et cela m’étonne — d’autant qu’elle se dresse en plein quartier commerçant, à deux pas de la Bourse dont elle peut entendre les cris ignobles !

— Et elle fut elle-même une Bourse, répliqua l’abbé.

— Comment ?

— Après avoir été baptisée par des moines et avoir servi de chapelle aux Augustins déchaux, elle a, pendant la Révolution, subi les derniers outrages ; la Bourse s’est installée dans ses murs.

— J’ignorais ce détail, s’écria Durtal.

— Mais, reprit l’abbé, il en fut d’elle comme de ces Saintes qui, si l’on en croit leurs biographes, recouvrèrent dans une vie d’oraisons la virginité qu’elles avaient autrefois perdue. Notre-Dame s’est lavée de son stupre et, bien qu’elle soit relativement jeune, elle est aujourd’hui saturée d’émanations, injectée d’effluences angéliques, pénétrée de sels divins ; elle est pour les âmes infirmes ce que certaines stations thermales sont pour le corps. On y fait des saisons, on y accomplit des neuvaines, on y obtient des cures.

Eh bien ! Revenons à nos moutons, je vous disais donc que vous agiriez sagement, en allant, les mauvais soirs, assister au Salut dans cette église ; je serais surpris si vous n’en sortiez pas émondé et vraiment calme.

— S’il n’a que cela à m’offrir, c’est peu, pensa Durtal. Et, après un silence découragé, il reprit :

— Mais, Monsieur l’abbé, quand même je fréquenterais ce sanctuaire et suivrais les offices des autres églises, alors que les tentations m’assaillent ; quand même je me confesserais et m’approcherais des Sacrements, à quoi cela m’avancerait-il ? Je rencontrerais, en sortant, une femme dont la vue me tisonnerait les sens, eh bien Ce serait, comme après mes départs énervés de Saint-Séverin ; l’attendrissement même que j’aurais eu dans la chapelle me perdrait, je suivrais la femme.