Soudain, après tant d’heures passées dans les chapelles, une détente eut lieu ; la chair éteinte sous la cendre des prières se ralluma et l’incendie, jailli des bas-fonds, devint terrible.

Florence revint trouver Durtal, chez lui, dans les églises, dans la rue, partout ; et il resta constamment en vigie devant les appas réapparus de cette fille.

Le temps s’en mêla ; les firmaments pourrirent ; un été orageux sévit, charriant tous les énervements, affadissant toutes les volontés, décageant dans de fauves moiteurs la troupe réveillée des vices. Durtal blêmit devant l’horreur des soirées longues, devant l’abominable mélancolie des jours qui ne meurent point ; à huit heures du soir, le soleil n’était plus couché et à trois heures du matin, il semblait veiller encore ; la semaine ne faisait plus qu’une journée ininterrompue et la vie ne s’arrêtait point.

Accablé par l’ignominie des soleils en rage et des ciels bleus, dégoûté de baigner dans des Nils de sueur, las de sentir des Niagaras lui couler sous le chapeau, il ne sortit plus de chez lui ; mais alors, dans la solitude, les immondices l’envahirent.

Ce fut l’obsession, par la pensée, par l’image, par tout, la hantise d’autant plus terrible qu’elle se spécialisait, qu’elle ne s’égarait pas, qu’elle se concentrait toujours sur le même point ; la figure de Florence, le corps, le gîte même des ébats avoués s’effaçaient ; il ne restait plus devant lui que l’obscure région où cette créature transférait le siège de ses sens.

Durtal résistait, puis, affolé, prenait la fuite, essayait de se briser par de grandes marches, de se distraire par des promenades, mais l’ignoble régal le suivait quand même dans ses courses, s’installait devant lui au café, s’interposait entre ses yeux et le journal qu’il voulait lire, l’accompagnait à table, se précisait dans les taches de la nappe et dans les fruits. Il finissait, après des heures de luttes, par échouer, vaincu, chez cette fille, et il en partait, accablé, mourant de dégoût et de honte, sanglotant presque.

Et il n’éprouvait aucun allègement de ces fatigues ; c’était même le contraire ; loin de fuir, le charme exécré s’imposait plus violent encore et plus tenace. Alors, Durtal en arrivait à se proposer, à accepter de singuliers compromis. Si j’allais visiter, se disait-il, une autre femme que je connais et que les caresses régulières décident encore, peut-être arriverais-je à me briser les nerfs, à chasser cette possession, à m’assouvir, sans ces ennuis et ces remords ; et il le fit, tâchant de se persuader qu’il serait plus pardonnable, qu’il pécherait moins, en agissant ainsi.

Le résultat le plus clair de cette tentative fut de ramener, par la comparaison forcée des joutes, le souvenir de Florence et de proclamer l’excellence de ses vices.

Il continua donc de se vautrer chez elle, puis il eut, pendant quelques jours, une telle révolte de ce servage, qu’il se hissa hors de l’égout et reprit pied.

Alors il parvint à se récupérer, à se réunir, et il se vomit. Il avait un peu délaissé, pendant cette crise, l’abbé Gévresin auquel il n’osait avouer ces turpitudes ; mais, présageant, à certains indices, de nouvelles attaques, il s’apeura et s’en fut le voir.